Aujourd’hui mes loupiots de la littérature, je vous sers trois fables toutes chaudes, encore fumantes comme des marrons de foire, sorties direct de l’atelier patfawlesque, des inédits millésimés 2027 qui vont vous chatouiller les neurones et la rigolade. Rien que pour toi !
Le matou et la gamelle réfractaire (1)
Il était une fois un chat, un vrai félin de salon, moustaches tirées au cordeau et
démarche de ministre, qui s’avançait vers sa gamelle pour s’hydrater la glotte.
Mais la gamelle, ce matin‑là, avait décidé de faire sa rebelle.
À peine, Minet approche le museau qu’elle détale,
cling‑cling‑cling, comme une soucoupe volante en RTT.
Le chat, surpris, bondit, glisse, patine, repart, bref :
il poursuit sa vaisselle vagabonde à travers la cuisine.
Évidemment, c’est pile à ce moment que le maître débarque,
voit son chat cavaler comme un dératé, et lui passe un gros savon ,
parfum “Tu vas te calmer oui ?”. Pendant ce temps, la gamelle,
cette perfide assiette à eau, se gondole, se marre,
se fout de lui comme une casserole qui aurait lu du Molière.
Le chat, vexé jusqu’au bout des vibrisses, rumine sa honte en silence.
Moralité : quand le chat boit de l’eau, minet râle !
La tarte et les lardons criards (2)
Il était une fois une tarte , une vraie, une dodue, une dorée,
une qui sentait bon la bibliothèque, car oui, cette tarte-là avait un rêve :
lire. Lire beaucoup. Lire tout. Lire jusqu’à devenir cultivée
comme un potager bio. Mais hélas, elle avait des lardons.
Et pas deux ou trois, non : une ribambelle, une colonie,
un orchestre philharmonique de lardons braillards.
Ils couraient partout, sautaient sur la pâte, faisaient
des glissades sur la croûte, jouaient à cache-cache dans la garniture.
Bref : un enfer gastronomico‑maternel. La tarte soupirait.
Elle voulait apprendre, s’élever, devenir autre chose
qu’une simple quiche du dimanche. Elle rêvait de littérature,
de savoir, de pages tournées avec délicatesse. Mais ses lardons,
eux, rêvaient surtout de faire du trampoline sur son flanc gauche.
Un matin, alors qu’elle tentait de lire en douce un chapitre de
“Proust à la crème”, voilà qu’un morceau de viande hachée,
un vrai voyou du frigo, un marlou du bac du bas, surgit en roulant des miettes.
Sans un mot, il lui vole son livre. Comme ça. En plein milieu d’une phrase.
Un crime contre la lecture, un attentat contre la tarte‑intellectuelle.
Julie la Tarte se redresse, tremble de rage, fait vibrer sa pâte feuilletée comme un tambour de guerre.
— Ça, mon gars, tu vas me le payer ! Et elle se lance à sa poursuite,
lardons hurlants accrochés à ses bords, comme une armée miniature
prête à en découdre. La cuisine devient un champ de bataille :
la poêle fait office de bouclier, la spatule sert de catapulte, le torchon
flotte comme un drapeau. Julie avance, héroïque, déterminée,
prête à défendre son droit sacré à la lecture.
Moralité : Tarte Wars : Que la farce soit avec toi !
Tout feu tout flamme (3)
Il était une fois un cercueil, un beau, un massif, un en chêne qui sentait encore la forêt,
qui avait décidé qu’il ne brûlerait pas. Non, monsieur.
Pas question de finir en flamby funéraire. Au crématorium, on ne savait plus quoi faire.
Les employés poussaient, tiraient, rallumaient, soufflaient,
ajustaient les boutons comme si c’était un vieux four à pizza.
Rien n’y faisait : le cercueil restait là, froid comme un discours de percepteur.
Les flammes, elles, commençaient à en avoir ras la braise.
Elles crachaient, elles soufflaient, elles montaient en température,
mais le bois restait stoïque, impassible, presque hautain.
— Allez, vieux ! On fait ce qu’on peut, nous ! s’exclama la Flamme Numéro Trois, déjà en nage.
— Je brûle depuis 1987, j’ai jamais vu un client aussi têtu,
renchérit la Flamme Numéro Sept, qui avait perdu trois centimètres de hauteur
à force d’efforts. Le cercueil, lui, bombait le torse.
— Je brûlerai pas. J’ai été verni trois fois, traité anti‑feu, anti‑champignons,
anti‑ennui. Je suis conçu pour durer.
— Oui ben là, tu abuses, répondit la Flamme Numéro Deux,
qui commençait à sentir le roussi.
-On a un planning, nous ! Alors les flammes tentèrent la négociation.
Elles se regroupèrent en cercle, comme un syndicat en réunion d’urgence.
— Écoute, vieux, dit la Flamme Déléguée, on peut t’offrir un compromis :
tu brûles un peu, juste les bords, histoire de faire bonne figure.
— Pas question, répondit le cercueil. Je suis un modèle premium. Je résiste.
C’est marqué sur l’étiquette. Les flammes soupirèrent.
Elles étaient épuisées, dégoulinantes, à deux doigts de demander un arrêt maladie
pour surchauffe professionnelle. Alors, dans un dernier élan, elles décidèrent de faire grève.
Elles s’éteignirent toutes ensemble, pouf, laissant le cercueil dans le noir complet.
Silence. Odeur de suie. Ambiance de fin de spectacle. Le cercueil, soudain,
se sentit bien seul. Sans chaleur, sans lumière, sans public.
Juste lui, son vernis, et un grand vide existentiel.
— Bon… peut‑être que… un petit crépitement…
ça ne me tuerait pas, murmura-t-il. Les flammes, ravies d’avoir gagné,
se rallumèrent d’un coup, comme un orchestre reprenant son solo.
Et cette fois, le cercueil céda. Pas entièrement,
il avait sa dignité mais suffisamment pour que le travail se fasse, doucement, serein.
Moralité : rien ne sert de cuir, il faut partir à point.