L’AUDIOVISUEL, LES CISEAUX ET LES APPRENTIS SORCIERS (Chronique caustique)

Accrochez‑vous au bouton du volume : dans le feuilleton de l’audiovisuel public, on vient d’atteindre l’épisode où certains rêvent de confondre “réforme” avec “mise au pas”... Ambiance.

Mes loustics, voilà que la présidente de Radio France, Sibyle Veil, sort du silence pour dire que le rapport Alloncle, c’est un peu comme vouloir réparer un Stradivarius avec une clé de 12 : ça fait du bruit, mais ça n’accorde rien. Elle prévient les candidats de 2027 : “Ne prenez pas ce rapport pour la Bible de l’audiovisuel public.” Traduction : ce machin n’est pas un plan d’avenir, c’est un marchepied politique. Parce que dans cette histoire, mes bichons, on parle de fenêtre d’Overton. Pas celle qui donne sur le jardin, non. Celle qui sert à faire passer des idées qui, hier encore, auraient déclenché un fou rire général. Et là, on voudrait nous faire croire que le service public serait un problème. Comme si France Inter passait ses soirées à fomenter des coups d’État dans les caves de la Maison de la Radio. Pendant ce temps, les vraies questions, plateformes étrangères, désinformation, IA, restent sur le paillasson.

Dessin de Chaunu.

Et puis alors, le clou du spectacle : la nomination des patrons de l’audiovisuel public par le président de la République. On te parle d’indépendance, mais on te propose un collier et une laisse. Ajoute un petit rattachement au Premier ministre, une pression financière façon étau, et tu obtiens un cocktail qui ferait pâlir un commissaire politique de roman noir. Quand on voit déjà certains maires du même bord politique que le rapporteur dégager des festivals de jazz, de musique classique ou des saisons culturelles entières, ça donne une idée de ce qu’ils veulent mettre en place. Les guguss ne s’en cachent même plus : couper, assécher, privatiser, et repeindre la culture aux couleurs de leur programme. Sibyle Veil, en bonne funambule du “en même temps”, tape sur l’idée de remplacer les éditorialistes par des voix de la presse d’opinion privée, une “mesure anti‑Cohen”, qu’elle dit, tout en défendant Nagui ou Sophia Aram. Mais attention : pas un mot sur les éditorialistes de droite déjà bien installés dans les studios. Comme quoi, le pluralisme, c’est un peu comme la météo : ça dépend d’où souffle le vent. Et pendant que certains crient au manque de diversité d’opinion, d’autres injectent des doses massives de commentaires venus du privé pour “rééquilibrer”. Le souci, c’est que le rééquilibrage dans l’autre sens, celui qui ferait entrer des voix de gauche comme L’Humanité, Politis, Blast, StreetPress, on l’attend toujours. On dirait un train fantôme : on sait qu’il existe, mais on ne le voit jamais passer. Reste la question des économies. Là, c’est le festival du chiffre sorti du chapeau. On nous parle de 138 millions d’euros économisés en fusionnant France 3 Régions et Ici. Sauf que personne, ni la Cour des comptes, ni l’Inspection des finances, n’a jamais vu passer ce calcul. Et selon Veil, une telle fusion coûterait d’abord un bras, puis l’autre. Alors oui, elle a raison de dire que Radio France n’est ni fragile, ni à privatiser, ni à mettre sous perfusion. Et que les économies, ils en ont déjà fait un paquet. Mais derrière tout ça, il y a un parfum de bataille idéologique. Une odeur de “mise au pas”. Et ça, mes loustics, ça sent jamais bon. Dans ce climat où certains rêvent de couper, privatiser, remodeler, il va falloir se battre pied à pied. Argument contre argument. Parce que l’audiovisuel public, c’est pas un jouet. C’est un phare dans la tempête. Et si on laisse faire, demain, on aura des infos calibrées comme des pubs de supermarché. Alors oui, mes petits transistors, ne lâchons rien. Parce que quand on commence à rogner l’indépendance des médias, on finit toujours par rogner l’indépendance des citoyens.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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