L’IGNORANCE EN FANFARE, CE NOUVEAU MAL DU SIÈCLE (Chronique sociale caustique)

Mes petits fous, j’vois monter une drôle de mode : des gens qui paradent avec leur ignorance comme d’autres avec un costard neuf. Ils en font une arme. Un argument. Un drapeau. À croire qu’on vit dans un monde où ne rien savoir devient une opinion valable... Explications.

Il y a une tendance aujourd’hui, mes loustics, un truc qui me fait grincer des dents comme un violon mal accordé, c’est ce Français de commentaire qui bombe le torse en proclamant fièrement son ignorance. Il utilise son vide culturel comme une massue idéologique contre la personne qu’il ignore. Et je me demande depuis quand l’inculture est devenue un trophée. Depuis quand on peut construire un avis sur du vent. À l’ère de la toile 2.0, où tu peux tout trouver en deux clics, où Google te sert la connaissance sur un plateau, personne ne peut être fier de ne pas connaître. Et pourtant ça parade. Ça s’étale. Ça se pavane. C’est le syndrome de la pâte à tartiner. Moins t’en as. Plus tu l’étales. Et c’est incroyable. Et surtout c’est dangereux. Parce que l’ignorance militante, c’est comme une maladie contagieuse. Ça se propage vite. Ça fait des dégâts. Et j’ai remarqué que ce comportement revient souvent quand il s’agit de défendre le propriétaire de Canal Plus. Comme si l’ignorance devenait un service après‑vente.

(Image de sérigraphie dessiné par Moolinex)

Le dernier exemple en date, c’est la déclaration du chanteur Dominique A qui expliquait pourquoi il ne voulait pas faire de concert à l’Olympia. Parce que le propriétaire de la salle est aussi celui de Canal. Et là, mes agneaux, il fallait voir la tronche des commentaires. Une armée d’ignorants en roue libre. Des “On le connaît pas lui.” Des “Kesskidi.” Des “Qu’il dégage.” Des jugements catapultés sans réfléchir. Des avis construits sur du sable. Et c’est ahurissant de voir un tel carnage chez certains de mes concitoyens. Je ne suis pas en train de faire un jugement de valeur. Je constate juste que quand Internet te donne la possibilité de t’exprimer, la moindre des choses c’est de faire attention à ce que tu racontes. Parce que dire n’importe quoi, c’est facile. Mais dire n’importe quoi quand tu ne sais pas, c’est pire. Avant d’ouvrir la bouche ou de taper sur ton clavier, cherche un minimum le sujet que tu vas traiter. C’est quand même le B.A.-BA. Et si tu veux vraiment défendre une idée, fais‑le avec un cerveau allumé. Pas avec un pot de pâte à tartiner vide. Parce que l’ignorance, quand elle devient fière d’elle-même, c’est pas juste un défaut. C’est un danger public. Et si on continue à applaudir ceux qui ne savent rien mais parlent fort, on va finir par confondre le bruit avec la pensée. Et ça, mes agneaux, c’est le début de la fin. Alors apprenez. Cherchez. Lisez. Cultivez‑vous. Même un peu. Même mal. Même lentement. Parce que la connaissance, c’est pas un luxe. C’est une hygiène. Et l’ignorance, elle, ne mérite jamais d’être brandie comme un drapeau.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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