La littérature, ce machin qui sert à rien mais qui sauve tout (chronique littéraire)

Aujourd’hui on cause d’un truc inutile. Totalement inutile. Et pourtant indispensable comme un dernier verre avant la fermeture. La littérature. Ce caprice de l’esprit qui ne rapporte rien. Mais qui nous tient debout quand tout fout le camp... Je m'explique, fillette !

Mes petits lecteurs en ribouldingue, laissez moi vous dire un truc simple. La littérature ne sert à rien. Voilà. C’est posé. C’est net. Dans le monde sérieux, celui où on compte les sous, les muscles et les mètres carrés, un roman, c’est du vent. Du papier gribouillé par un névrosé qui gratte ses angoisses comme un chien gratte sa niche. Et pourtant. C’est ce vent‑là qui nous tient debout.

C’est ce rien‑du‑tout qui nous remet la cervelle en place. Parce que derrière chaque écrivain qui s’arrache les tripes, il y a un lecteur qui respire mieux. Un lecteur qui se sent moins seul. Un lecteur qui se dit : tiens, ce zigoto pense comme moi, mais en plus joli. En plus dingue. En plus vrai. Un roman, c’est un bric‑à‑brac de souvenirs trafiqués. De fantasmes repeints. De phrases qui boitent. De vérités qui titubent. Et pourtant ça marche. Ça nous attrape. Ça nous retourne. Ça nous réchauffe. Kafka raconte un type transformé en cafard. Et on y croit. Cervantès invente un chevalier qui se bat contre des moulins. Et on le suit. Parce que la littérature, c’est le seul endroit où un autre humain nous ouvre sa tête sans nous demander la monnaie. Un endroit où on entre comme chez un ami. Un endroit où on respire un peu mieux. L’autre soir, je lisais un vieux roman qui racontait trois fois rien. Trois vieilles qui jacassent autour d’un cadavre. Et pourtant j’étais happé. Aspiré. Embarqué. Parce que les mots vibraient. Sonnaient. Respiraient. Et je me suis dit : voilà. C’est ça. La littérature. Un truc qui ne sert à rien. Mais qui fait tout. Un truc gratuit. Sublime. Drôle. Unique. Un truc qui nous rappelle qu’on est vivant. Alors oui. Dans le monde sérieux, la littérature ne sert à rien. Mais dans l’ordre des esprits, elle est reine. Dans l’ordre du cœur, elle est phare. Dans l’ordre du bonheur, elle est miracle. Et ça, mes loustics, ça vaut toutes les utilités du monde !

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

Les derniers articles publiés