BERSERK : LA BEAUTÉ DANS L’HORREUR, L’HORREUR DANS LA BEAUTÉ (chronique culturelle)

Mes petits choupinous en transe, aujourd'hui je vous embarque dans un manga qui ne caresse pas dans le sens du poil, un monument noir comme un puits sans fond, violent comme un cauchemar sous amphétamines, sublime comme un tableau maudit, un truc qui vous retourne l’estomac mais vous hypnotise quand même : Berserk.

Autant aller droit au but, mes loustics, Berserk c’est pas un manga, c’est un séisme, un titre majeur de la planète nippone, un truc qui coche toutes les cases de l’œuvre d’exception, avec une écriture qui grimpe en puissance et un dessin qui devient de plus en plus monstrueusement beau de tome en tome. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir, parce que ce machin-là ne se met pas entre toutes les mains, sauf si vous voulez traumatiser un ado jusqu’à sa majorité. Miura y dénonce les crimes de l’humanité avec une violence visuelle et morale qui flirte avec l’insoutenable.

Et paradoxalement, jamais l’horreur n’a été aussi magnifiquement dessinée, jamais l’enfer n’a été aussi superbe à contempler, et on se retrouve hypnotisés comme des phalènes devant un brasero, même si on sait qu’on va mal dormir. R.E. Howard disait qu’il ne savait jamais combien de violence les lecteurs pouvaient encaisser. Eh bien avec Berserk vous allez découvrir vos limites, puis les repousser, puis les redécouvrir, puis les re‑repousser. Et ça commence direct dans une forêt sombre où Guts, notre héros badass, fornique avec une bombasse qui se transforme en créature démoniaque, lui annonce qu’il est déjà mort, et lui lui répond que tel est pris qui croyait prendre avant de lui exploser la tête avec l’arme planquée dans son bras gauche. Clin d’œil à Conan, clin d’œil à Cobra, clin d’œil à Giger, bref un festival. Guts c’est un mélange entre Conan le Barbare, Solomon Kane le puritain vengeur et Kenshiro le messie karatéka. Un héros qui porte la marque du sacrifice et qui attire les démons comme un lampadaire attire les moustiques. On le suit dans une ville où l’ambiance est lourde comme un couvercle de tombe. Des mercenaires sans foi ni loi font ce qu’ils veulent. Des femmes et des enfants sont envoyés au régisseur du château de Coca. En délivrant l’elfe Puck, Guts massacre tout ce petit monde, ce qui provoque l’intervention du seigneur local puis du régisseur qui révèle sa véritable nature démoniaque. À la violence du monstre répond celle de Guts qui déploie tout son arsenal, toutes ses ruses, toute sa rage. On apprend qu’il traque les membres de la God Hand pour assouvir sa vengeance. Le deuxième récit du tome nous montre Guts qui combat jour et nuit les esprits attirés par sa marque. Recueilli par un prêtre et sa protégée, il affronte une horde de zombies, croit s’en sortir, mais la petite zombifiée décapite le vieux prêtre. Et là Guts passe en mode berserker total, un carnage digne des films de Romero. À travers les cauchemars provoqués par un incube, on aperçoit le traumatisme qui l’a transformé en chevalier noir. La fin du tome ouvre l’arc des Anges Gardiens du Désir où Guts déclare la guerre au Comte, un Apôtre qui cache ses instincts sous une chasse aux hérétiques. Après un carnage parmi ses soldats menés par Zondarc, Guts s’échappe grâce à Vulgus, un mutilé qui ne vit plus que pour la vengeance et qui lui montre son trésor : un béhélit, la pierre qui permet d’invoquer la God Hand. Ce tome 1 fait parfaitement son boulot de pilote. Il présente le héros, l’univers, les enjeux. Miura débute en solo et les dessins vont encore s’améliorer, mais le découpage et la mise en scène sont déjà magistraux. La présence de Puck, loin d’être incongrue, sert de contrepoint comique et de regard extérieur. Il allège une violence omniprésente qui teste sans cesse l’endurance du lecteur. Et au final on referme ce tome en se disant qu’on vient de mettre un pied dans un enfer sublime dont on ne sortira plus jamais vraiment.

Berserk, c’est vraiment mon manga culte préférée… C’est quarante‑deux tomes au compteur, et ça continue de pousser comme du chiendent démoniaque. Et pendant que la saga avance, moi je pense surtout aux cinq premiers tomes qui viennent de ressortir en format Deluxe, ces pavés magnifiques, noirs, lourds, qui te claquent la rétine comme un coup de hache bien placé. Avec ça, tu lis Berserk comme il faut : chaque trait, chaque ombre, chaque goutte de sueur, chaque cauchemar. C’est du grand art. C’est mon manga préféré, même s’il n’est pas pour toutes les papilles. Faut avoir l’estomac solide et le cœur bien accroché. Si tu veux te les procurer, fais comme moi : file à la Librairie des Merveilles, à Albert, dans la Somme. Ils les ont en rayon, tranquilles, posés comme des totems. C’est ma librairie, mon repaire, mon petit temple du papier. Mais tu peux aussi les trouver partout en France : librairies, maisons de la presse, boutiques qui sentent bon l’encre et le papier neuf. Alors oui, je te le dis sans trembler : lis Berserk. Tu vas adorer. Tu vas souffrir un peu. Mais tu vas adorer quand même.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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