Je te préviens, lecteur : quand le moral fait la gueule, je me refais Les Vieux de la Vieille. Trois papys cabossés qui me retapent mieux qu’un médecin de campagne. C’est vieux, oui, mais ça a plus de vie que bien des films d’aujourd’hui. Et moi, ça me remet le sourire à chaque fois.
Je vais te dire un truc, lecteur : quand j’ai le bourdon, je ne file pas chez le psy, je ne me fais pas une tisane aux plantes, je ne médite pas en position du lotus. Non. Moi, je me fais une soirée Les Vieux de la Vieille. Et là, comme par magie, le sourire revient, même si la journée m’a roulé dessus comme un camion de betteraves. Ce film, c’est mon antidépresseur rural. Trois papys qui ont plus de vie dans leurs moustaches que la moitié des influenceurs dans leurs stories. Gabin, Blier, Noël‑Noël… rien que leurs noms, ça sent la gouaille, la terre, le vin blanc et la blague qui pique un peu mais qui fait du bien. Je te jure, ces trois là, c’est pas des vieux. C’est des mômes qui ont oublié de mourir.
Ils râlent, ils trinquent, ils se chamaillent, ils complotent, ils se foutent du monde entier avec la tendresse d’un chat de gouttière. Et moi, je ris. À chaque fois. Même quand je connais les répliques par cœur. Et puis derrière, t’as René Fallet, le poète des troquets, celui qui sait parler des petites gens avec une élégance de funambule. Son roman, je l’adore. Mais quand tu lui colles Michel Audiard aux dialogues, alors là, mon pote, c’est du billard. Ça fuse, ça ricoche, ça tombe dans la poche. Les mots claquent comme des gifles amicales, et toi, t’es là, hilare, à te dire que personne n’écrit comme ça aujourd’hui. Alors oui, le film a l’âge d’un calva oublié dans un grenier. Oui, ça sent la France d’avant, les routes départementales, les bistrots où le patron te sert avant même que t’aies ouvert la bouche. Mais c’est justement ça qui me fait marrer. Parce que dans ce monde où tout va trop vite, ces trois vieux me rappellent que la vie, c’est pas une course. C’est une balade. Une balade où on râle, on rigole, on se chamaille, on trinque, et on finit toujours par se dire qu’on n’est pas si mal foutus que ça. Ce qui me touche, c’est leur liberté. Leur insolence tranquille. Leur façon de dire merde aux institutions, aux convenances, aux directeurs de maisons de retraite, aux voisins, aux curés, aux notaires… tout le monde en prend une, mais toujours avec affection. C’est de la rébellion douce, de la tendresse bourrue, de la poésie en sabots. Et puis il y a cette lenteur délicieuse, cette façon de filmer les visages comme des paysages. Tu sens la terre, la campagne, les repas qui durent trois heures, les amitiés qui durent trois vies. C’est un film qui sent la France qui n’existe plus, mais qui continue de vivre dans un coin de mon cœur, comme un vieux café où je sais que je serai toujours bien accueilli. Pourquoi c’est culte pour moi ? Parce que ça ne triche pas. Parce que c’est drôle sans être méchant. Parce que c’est tendre sans être mièvre. Parce que c’est vieux, oui, mais vieux comme un bon vin, pas comme un yaourt oublié. Et surtout : parce que quand je suis un peu triste, ces trois papys me prennent par la main et me disent : « Viens, gamin, on va rigoler un coup. » Et je rigole. À chaque fois ! je te le conseille, Amigo ! Et on ira descendre une chopine ensemble !!!