STEVE HACKETT, LE VIEUX MAGICIEN QUI FAIT ENCORE TREMBLER LES MURS (Chronique musicale)

Laissez moi vous conter comment, mardi 12 mai, j’ai vu un sorcier de 76 balais retourner la Salle Pleyel comme une crêpe bretonne. Un Steve Hackett incandescent, un public mondial en transe, et un rock progressif qui prouve qu’il a encore plus de souffle que nos politiciens réunis.

Mes petits vibratos en folie, je fais partie de ces sacrés veinards qui ont vu Steve Hackett en concert ce mardi 12 mai à la Salle Pleyel. Et je peux vous dire que ce n’était pas un concert, c’était un tremblement de terre musical. Steve a commencé sa carrière en 1969 avec le premier Genesis, époque Peter Gabriel, Nursery Cryme, Foxtrot, Selling England by the Pound.

Des albums qui sentent la folie créative et les nuits blanches à réinventer le monde. Quand Gabriel s’est tiré et que Collins a transformé le bazar en machine commerciale, Steve, lui, a gardé la fibre artisanale, la vraie, celle qui mélange jazz, rock et classique comme un alchimiste qui aurait piqué les fioles de McCartney.

Voyage of the Acolyte, son premier album solo, c’était déjà un coup de maître. Et quand j’ai appris qu’il revenait dix ans après sa dernière tournée mondiale, j’ai sauté sur ma place comme un cabri sous caféine. Parce que ça, mes loustics, c’était un événement international. Nous étions 2500 dans cette salle Art Déco splendide, avec des Français, des Anglais, des Irlandais, des Japonais, des Américains, des Hollandais. Un public cultivé, passionné, qui sentait bon le vinyle usé et la discographie complète. Les placeuses étaient charmantes, souriantes, ça mettait déjà dans l’ambiance. À 20 h pile, les lumières se sont éteintes et j’ai senti que j’allais vivre un truc énorme.

Une trentaine de projecteurs se sont mis à danser comme des lucioles sous amphétamines. Les musiciens sont arrivés, Jonas Reingold, Rob Townsend, Nad Sylvan, Lalle Larsson, Felix Lehrmann. Tous en forme olympique. Et quand ils ont attaqué The Devil’s Cathedral, j’ai senti mes poils se lever comme une armée de hérissons patriotes. Ensuite Every Day, puis The Sea Inside, un morceau nouveau qui a décontenancé le public mais qui m’a hypnotisé.

Puis Ace of Wands, The Steppes avec un solo de sax alto qui t’arrache la colonne vertébrale, Camino Royale, Shadow of the Hierophant. Une première partie entièrement consacrée à sa carrière solo. Après vingt minutes d’entracte où tout le monde flottait comme des méduses sous LSD, la deuxième partie a commencé. Et là, mes agneaux, c’était le Graal. La partie Genesis. La vraie. Celle de Gabriel. Celle qui te retourne l’âme.

Dancing with the Moonlit Knight, The Cinema Show, Aisle of Plenty, Supper’s Ready, Firth of Fifth avec une intro au piano, à la flûte, au sax alto. Un truc à faire pleurer un menhir. À 76 ans, Steve jouait comme un gamin de 20 ans qui découvre qu’il a des super‑pouvoirs. Le public hurlait pour un bis. On a eu Dance on a Volcano avec un solo de batterie en furie, puis Los Endos. Et je peux vous dire que ce concert, c’était pas un souvenir, c’était un tatouage. Un truc gravé dans la mémoire pour toujours. Moi qui ai déjà vu Transatlantic, The Flower Kings, Neal Morse, je vous le dis, le rock progressif, quand c’est joué à ce niveau‑là, c’est pas de la musique. C’est une religion. Et ce soir‑là, à la Salle Pleyel, j’ai communié…

Peter Patfawl

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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