Dans les brumes londoniennes où les taxis ronronnent comme des matous blasés, surgit une silhouette élégante, un sourire en coin, un sourcil cabotin : Simon Templar, alias Le Saint. Aventurier mondain, redresseur de torts, gentleman cambrioleur à la morale élastique mais au cœur inoxydable...
Ah, mon bichon, Je suis entrain de me refaire, une série culte sur l’INA. Laisse-moi te narrer l’histoire du Saint, ce gaillard à la classe tellement naturelle qu’on dirait qu’il a été élevé au shaker dans un bar de Mayfair. Le zigoto, il est né sous la plume de Leslie Charteris, un scribouillard british qui avait le chic pour inventer des types plus lisses qu’un parquet fraîchement encaustiqué. Simon Templar, c’est son blaze, mais tout le monde l’appelle Le Saint, parce qu’il laisse derrière lui un petit bonhomme auréolé comme signature, histoire de dire « c’est moi qui ai fait le coup, bisous ». Le gars, c’est un mélange de Robin des Bois, Arsène Lupin et du cousin snob de James Bond, celui qui boit son whisky sans faire de bruit et qui te pique ta montre sans décoiffer ta dignité.
Quand Charteris l’a pondu en 1928, il pensait pas que son héros deviendrait une franchise longue comme un jour sans pinard. Mais voilà, le Templar, il avait ce petit truc, cette désinvolture qui fait craquer les duchesses et enrager les truands. Résultat : une ribambelle de romans, des nouvelles à la pelle, des traductions partout, et même des adaptations radio qui faisaient frémir les postes TSF comme des midinettes devant un crooner. Et puis, paf, débarque la télé. Les producteurs flairent le filon comme un chien truffier sous amphètes. Ils chopent un jeune acteur encore inconnu du grand public mais déjà plus élégant qu’un smoking sur un cintre : Roger Moore. Et là, mon vieux, c’est la révélation. Le Roger, il enfile le rôle comme un gant de velours sur une main qui sait où elle va. Il sourit, il frime, il charme, il cogne quand il faut, mais toujours avec la délicatesse d’un type qui ne veut pas froisser son costume. La série, lancée en 1962, devient un carton planétaire. Les ménagères soupirent, les gangsters transpirent, et les téléspectateurs se régalent de voir ce dandy régler les comptes avec plus de panache qu’un torero en goguette.
Et attention, mon lapin, faut bien préciser un truc : le Roger Moore du Saint, c’est pas encore James Bond, ni Brett Sinclair d’ailleurs. Non, là, il est dans sa période féline, joueur, presque espiègle. Pas encore l’agent secret qui commande son martini comme un mot d’ordre, ni le milliardaire en goguette qui roule en Aston avec un aristocrate en surcharge pondérale. Là, c’est le Moore version fripouille chic, parfumé à l’insolence douce, le type qui te pique ton portefeuille mais te laisse un mot d’excuse calligraphié. Chaque épisode, c’est la même tambouille délicieuse : un magouilleur qui croit être plus malin que la moyenne, une demoiselle en détresse ou en double-jeu, un décor exotique ou un palace où les rideaux coûtent plus cher que ta bagnole, et le Saint qui débarque, sourire carnassier, pour remettre les pendules à l’heure. Pas besoin de superpouvoirs, juste du style, de la jugeote et une capacité surnaturelle à rester impeccable même après une bagarre dans un escalier. Bref, Le Saint, c’est l’histoire d’un personnage né dans les pages jaunies d’un roman d’aventure, devenu icône télévisuelle grâce à un acteur qui avait le sourire le plus assuré de tout le Commonwealth. Une légende qui traverse les décennies sans perdre son lustre, un gentleman qui te fait croire que la justice peut être élégante, et que la morale, parfois, peut se permettre un petit pas de danse hors des clous.