Houris : quand un roman rallume les braises du silence (Chronique culturelle)

J’avais lu Houris à sa sortie, un roman fort comme un coup de vent du désert, et j’avais applaudi son Goncourt. Et voilà qu’on apprend que son auteur, Kamel Daoud, vient d’être condamné en Algérie pour l’avoir écrit. Une histoire de littérature, de mémoire et de lignes qu’on n’a pas le droit de toucher...

Je vais te dire, mon pote : y’a des nouvelles qui te tombent dessus comme une brique oubliée sur un échafaudage. Houris, je l’avais lu à l’époque, peinard, avec mon café du matin. Un roman qui te parle de la décennie noire algérienne sans te prendre par la main, sans violons, sans poudre aux yeux. Un texte qui remue, qui gratte, qui fouille dans les coins où la lumière n’entre pas. Et quand il a décroché le Goncourt, j’étais content comme un gosse qui trouve un billet de vingt dans une vieille poche. Je me suis dit : “Enfin un livre qui ose regarder l’Histoire droit dans les yeux.” Et puis voilà qu’hier, bim, j’apprends que Kamel Daoud vient d’être condamné à trois ans de prison en Algérie pour ce même roman. Trois ans pour avoir écrit. Trois ans pour avoir touché à un sujet qui brûle encore les doigts. Trois ans pour avoir rappelé que la décennie noire, c’est pas un conte pour enfants mais un pan entier de mémoire qu’on a voulu ranger sous le tapis. Le film de la journée s’est arrêté net. Je me suis frotté les yeux, j’ai relu l’info, j’ai vérifié que c’était pas un canular. Mais non : c’est bien réel. Le gars est condamné pour avoir raconté une histoire, pour avoir donné une voix à un passé que certains préfèrent oublier. Et ce qui me scie, c’est que Houris, c’est pas un brûlot politique, c’est un roman. Un vrai. Avec de la chair, des souvenirs, des fantômes, des blessures. Oui, c’est romancé. Oui, ça prend des libertés.

Mais c’est ça, la littérature : un miroir qui déforme pour mieux montrer. Et voilà qu’on lui reproche d’avoir parlé d’une époque où personne n’avait le droit de parler. On lui colle une condamnation comme on colle un pansement sur une plaie qu’on refuse de regarder. Moi, je repense à ce que j’avais ressenti en refermant le livre : un mélange de beauté et de vertige. Et aujourd’hui, j’ai juste l’impression qu’on punit un écrivain pour avoir fait son boulot. Alors je te le dis comme je le pense : on peut aimer ou pas Houris, on peut discuter de ses choix, de ses angles, de ses libertés. Mais un roman, ça ne mérite jamais une cellule. Jamais. Et encore moins quand il tente de recoller les morceaux d’une mémoire fracturée. Voilà où on en est : un livre qui voulait éclairer finit par rallumer les braises du silence. Et ça, mon pote, ça me laisse un goût amer dans la bouche.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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