Erroc revient chez Bamboo avec La véritable sexualité débridée des animaux, un album drôle, instructif et étonnamment audacieux. Un auteur que je connais bien, conseiller dans mes scénarios, complice de gags et maître du rythme. Le voir sortir de sa zone de confort, c’est un vrai plaisir de lecteur... Chronique
Tu sais, y’a des auteurs qu’on connaît tellement bien qu’on croit pouvoir deviner leurs prochains pas. Et puis un jour, ils te balancent un album qui te fait lever les sourcils comme un lapin qui découvre le jazz. Erroc, pour moi, c’est plus qu’un collègue : c’est un parrain de scénario, un complice de gags, un vieux camarade avec qui j’ai partagé des souvenirs de boulot et des idées tordues qui claquent encore dans ma mémoire. J’ai aimé ses Profs étant adolescent à l’époque, j’ai aimé Boulard également, une sorte de Gaston Lagaffe lycéen, mais ce qui m’a vraiment fait hurler de rire, c’est Raoul et Fernand, ce duo d’animaux stupides et géniaux qui m’ont accompagné pendant quatre tomes. Une série arrêtée trop tôt, et ça, je l’ai jamais digéré. Alors imagine ma tronche quand j’ai vu débarquer La véritable sexualité débridée des animaux. Je me suis dit : “Tiens, le bougre repart en safari.” Et quel safari, mon pote. Un album osé, drôle, instructif, qui t’apprend des trucs scientifiques complètement dingues sur la reproduction animale, mais racontés avec ce sens du gag qui n’appartient qu’à lui. Pas de vulgarité, pas de lourdeur : juste de la biologie servie avec un clin d’œil et un sens du rythme chirurgical. J’ai appris des choses, j’ai ri, j’ai re‑ri, et j’ai refermé le bouquin en me disant que ce gars-là, même après des décennies de métier, il a encore la curiosité d’un gamin et l’audace d’un jeune premier.
Et puis le dessin, parlons en : du pur Bamboo des années 2000, frais, lisible, efficace, avec ce petit parfum nostalgique qui colle parfaitement au ton de l’album. Ça glisse tout seul, ça respire, ça met en valeur les infos cocasses sans jamais tomber dans le graveleux. Bref, une belle lecture, une vraie, de celles qu’on conseille sans hésiter. Et moi, je suis fier de voir Erroc là-dedans, loin des salles de classe, loin des cancres, en train d’explorer un sujet improbable avec la même malice qu’à ses débuts. Parce que c’est ça, un auteur : un type qui n’a pas peur de sortir de sa zone de confort pour aller chercher un rire nouveau, une idée neuve, un terrain encore vierge. Et Erroc, mon pote, il sait encore surprendre. Bravo à lui !