Jean‑Benoît Meybeck nous a quittés. Auteur engagé, esprit libre, camarade de lutte et de rire, il laisse derrière lui une œuvre forte et un vide immense. Voici quelques mots pour lui, pour ce qu’il a été, et pour ce qu’il nous laisse.
Mes petits hérissons en chaussons, aujourd’hui je vous écris avec le cœur qui boite un peu. Parce qu’on a perdu un gars bien, un vrai, un de ceux qui te font marrer par commentaires interposés et qui t’envoient des messages privés qui te retournent la journée comme une crêpe. Jean‑Benoît Meybeck, JB pour les copains, a tiré sa révérence. Et moi, j’ai la gorge qui gratte et les mots qui se bousculent. JB, c’était le genre de type qui te balançait une vanne fine comme une lame, puis qui enchaînait avec une réflexion sur la science, l’histoire, les idées, comme si tout ça coulait de source. Un cerveau affûté, un cœur grand ouvert, et un humour qui tombait jamais à côté. On a passé des moments à se marrer comme des baleines, lui derrière son écran, moi derrière le mien, à s’envoyer des clins d’œil numériques qui valaient toutes les poignées de main du monde. Il avait commencé tard dans la BD, mais quand il s’y est mis, il a foncé comme un taureau dans un magasin de porcelaine, sauf qu’il cassait rien : il construisait. CRA, CosmoBacchus, Épistémè… des projets costauds, engagés, intelligents, qui te faisaient réfléchir sans te prendre de haut. Il avait ce truc rare : la rigueur du scientifique et la tendresse du conteur. Une combinaison qui ne court pas les rues. Et puis il y avait l’engagement. Le vrai. Pas celui qu’on brandit pour faire joli sur les réseaux. Non, celui qui te fait te lever, écrire, militer, défendre les autres. Au SNAC BD, au Collectif AAA, partout où il fallait une voix claire, il était là. Toujours droit, toujours sincère, toujours prêt à filer un coup de main. Mais moi, ce que je retiens, c’est le copain. Le gars qui te répond avec un sourire dans les mots. Le gars qui te raconte une anecdote et tu l’entends rire derrière son clavier. On avait publié chez le même éditeur pendant quelques années : La Boite à Pandore Edition, c’est comme ça que je l’ai connu.
Le gars qui te donne envie d’être un peu meilleur, un peu plus juste, un peu plus vivant. Aujourd’hui, mes hérissons en chaussons, je pense à Mariam, à Rose, à Pierre. À ceux qui l’aimaient pour de vrai, dans la vraie vie, pas seulement dans les bulles et les cases. Je pense à ses collègues qui disent qu’il était joyeux, actif, lumineux. Et je me dis qu’ils ont raison. Parce que JB, c’était ça : une lumière qui ne faisait pas de bruit, mais qui éclairait loin. Alors voilà. JB, mon pote, tu vas me manquer. Tes messages, tes blagues, tes coups de gueule, tes coups de cœur. Tout. On garde tes livres, tes idées, ton rire. On garde ce que tu nous as laissé. Et on continue la route, un peu bancals, mais avec toi dans un coin du sac.