Après une année éprouvante, des polémiques éditoriales et une reconnaissance venue de Belgique après une droitisation de ses idées, Boualem Sansal annonce vouloir quitter la France, laissant derrière lui un paysage littéraire en émoi. Explications
Mes petits hérissons en bottes vertes, laissez moi vous causer d’un écrivain qui, autrefois salué pour son courage et sa lucidité, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un drôle de remue‑ménage. Boualem Sansal a annoncé qu’il quittait la France. Il l’a dit sèchement. Il l’a dit brutalement. Il l’a dit comme on claque une porte. Mais ce départ ne tombe pas du ciel. Depuis des mois, des lecteurs, des journalistes et des universitaires pointent un virage idéologique. Ils parlent d’un glissement. Ils parlent d’un durcissement. Ils parlent d’un discours qui flirte avec les obsessions de la droite la plus raide. Certains rappellent ses déclarations alarmistes.
D’autres dénoncent ses généralisations. Beaucoup s’inquiètent de le voir reprendre des thèmes qui circulent dans les milieux réactionnaires. Pendant ce temps, l’homme dit qu’il est fatigué. Qu’il est usé. Qu’il veut la paix. Mais le mal est fait. On y voit un écrivain qui s’éloigne. On y voit un auteur qui, se laisse happer par des récits anxiogènes. Elle voit un symbole qui se fissure. Et au milieu de tout ça, il y a la polémique éditoriale. Son passage de Gallimard à Grasset a mis le feu aux poudres dans la galaxie Bolloré. Des auteurs ont parlé de “ligne rouge”. Des critiques ont parlé d’“instrumentalisation”. Des observateurs ont parlé d’un “ralliement involontaire”. L’ambiance était électrique. Les mots volaient bas. Les nerfs étaient à vif. Puis est venue la Belgique. L’Académie royale l’a accueilli. Certains y ont vu un refuge. D’autres un exil symbolique. Aujourd’hui, il dit qu’il part. Peut‑être en Belgique. Peut‑être ailleurs. Et je vous le dis, mes hérissons tout doux, ce départ n’est pas qu’une affaire personnelle. C’est un symptôme. C’est un signal. C’est l’histoire d’un écrivain dont une partie du public estime qu’il s’est éloigné de ses combats d’origine. C’est l’histoire d’un malaise entre un auteur et une France qui ne le reconnaît plus. Tirez en ce que vous voulez. Mais souvenez‑vous que les mots ont un poids. Et que parfois, ils pèsent plus lourd que les valises d’un homme qui s’en va. Bon vent Monsieur Boualem Sansal, vous avez été grand, il y a longtemps !