Aujourd’hui, mon pote, ça s’agite dans le royaume de l’édition : les grands pontes tombent de leur chaise en découvrant que leur château brûle. Nous, les petites mains, ça fait cinq ans qu’on hurle au feu. Alors accroche toi : on va causer engagement, éthique et coups de pied au derrière.
Nom d’un bouquin mal imprimé, mon pote, voilà que dans le petit monde de la Littérature, tout le monde s’étrangle avec son marque‑page parce qu’un éditeur s’est fait éjecter de la prestigieuse Maison Grasset par le grand manitou Bolloré, le tyranneau en costard qui dirige l’Empire Hachette-Lagardère comme un ogre gère son garde‑manger apprès avoir fait rentrer son ami Boualem Sensal. Et là, tout le monde fait semblant de tomber des nues, comme si on ne savait pas depuis des lustres que ces grandes maisons vivaient sous la coupe de ce chef de meute au sourire de travers. Pendant ce temps, dans les petites et moyennes maisons d’éditions, celles où je traîne mes BD depuis quinze ans, on bosse avec l’éthique vissée au corps comme un tatouage raté. Nous, quand un géant avale un autre géant, on ne sabre pas le champagne : on serre les fesses et on continue à faire des livres honnêtes en se barrant de la maison ou en luttant contre le démon, pas en faisant semblant comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Je suis peut-être trop entier ou à fleur de peau, mais je ne peux être autrement. Il faut vivre en adéquation avec nos idées…
Mais chez les gros, tant que leur fauteuil pivotant n’est pas menacé, ça roupille sec. On attend que la tempête passe, on sirote des bulles, et quand le dragon revient croquer un nouveau collaborateur, là seulement ça hurle au scandale. Et moi je regarde ça, mon vieux, et je me dis : “Hé ho, les gens, vous comptez vous réveiller quand ? Quand la Bibliothèque Nationale prendra feu ?” Parce que des auteurs édités chez les mastodontes, y’en a une cargaison, mais pour lever le petit doigt quand la maison brûle, y’a plus personne. “Ah non, nous on est tranquilles, on continue comme ça !” qu’ils disent. Et puis un matin, paf : un patron de pacotille vire un éditeur adorable qui se réveille trop tard. Alors bougez-vous, les aminches ! Dans le royaume de l’édition, les monstres existent, et si on veut garder la liberté de gribouiller ce qu’on veut, faut se retrousser les manches. Parce que la littérature, c’est pas un salon de thé : c’est un ring. Et si on veut continuer à écrire debout, faut apprendre à cogner. Les rêves c’est bien mais la révolution, c’est mieux.