Mes agneaux amateurs de sombres histoires, Il existe des bouquins qui se lisent en plusieurs soirs, entre deux tisanes et trois bâillements. Et puis il existe ceux qui vous attrapent par le colbac, vous collent le nez dans les pages et vous relâchent à l'aube avec la tronche d'un castor qui aurait passé la nuit dans une centrale nucléaire. Le silence d'Élise appartient à cette deuxième catégorie. J'avais déjà découvert ce texte lorsqu'il était publié sur Fyctia. À l'époque déjà, j'avais pris une belle gifle littéraire. Je viens de le relire dans sa version éditée chez MVO Éditions et, nom d'une pipe en bois d'olivier, l'effet est toujours le même. Une fois ouvert, difficile de le refermer. On avance comme Claire, l'héroïne, dans cette maison familiale qu'elle avait fuie depuis des années. On pousse une porte, puis une autre. Une lettre apparaît. Une photographie remonte à la surface. Un souvenir gratte sous le papier peint. Et derrière les murs, quelque chose respire encore.
Justine Gabet n'est pas, de son propre aveu, une autrice élevée à la soupe quotidienne du thriller. C'est peut-être précisément ce qui rend son roman aussi intéressant. Elle connaît les codes du genre mais refuse de leur obéir au doigt et à l'œil. Elle les utilise comme un joueur de cartes un peu filou utilise un jeu marqué : pour mieux nous emmener là où nous ne pensions pas aller. Attention toutefois. Nous ne sommes pas ici dans le petit polar confortable que l'on lit en se demandant lequel des suspects a volé le pot de confiture. Le roman aborde des thèmes difficiles, parfois dérangeants, avec une noirceur psychologique assumée. Certains passages remuent comme un mauvais souvenir qu'on croyait enterré derrière le grenier. Ce n'est pas une promenade dominicale. C'est une descente dans les caves de la mémoire. Et pourtant, quelle maîtrise du genre. Plus Claire cherche la vérité, plus celle-ci recule. Les certitudes se défont. Les souvenirs mentent. Les apparences se fissurent. Le lecteur avance alors sur un pont suspendu au-dessus du vide avec l'agréable sensation que l'autrice pourrait couper les cordes à n'importe quel moment. Bref, si vous aimez les thrillers psychologiques qui jouent avec vos nerfs comme un violoniste avec son instrument, si vous appréciez les secrets de famille, les mémoires fracturées, les vérités que l'on enterre et qui finissent toujours par revenir réclamer leur dû, alors notez bien la date du 9 novembre. Personnellement, j'avais adoré la première fois. J'ai adoré la seconde. Et je soupçonne fort cette sacrée Justine de nous avoir concocté son meilleur roman à ce jour. Une lecture que je recommande sans hésitation aux amateurs de frissons intelligents.
Le silence d’Elise de Justine Gabet, aux éditions MVO, dans toutes les librairies à la commande ! Déjà en avant première à la librairie des merveilles d’Albert (80) et sortie nationale le 9 Novembre. Le silence d’Élise | MVO Éditions
