Dans la République française, un étrange ballet se joue. Les dirigeants du MEDEF ont invité à déjeuner le chef du R-Haine, tandis que sa patronne partageait un dîner discret avec les magnats du CAC40. Une opération qui ressemble à une normalisation, mais dont les coulisses racontent une histoire bien moins harmonieuse...
Mes petits pélicans en charentaises, accrochez vos plumes, parce qu’on va parler d’un drôle de banquet où les nappes sentent la naphtaline et les sourires le beurre rance. Figurez vous que le MEDEF, ces messieurs dames qui brassent plus d’argent qu’un casino en pleine saison, a convié à déjeuner le fringant chef du Parti du Rassemblement National, un jeune loup qui caracole en tête des sondages de la République Française. Deux heures et demie de petits fours, de sourires polis et de phrases qui glissent comme des anguilles sur un carrelage mouillé. Et comme si ça ne suffisait pas, quelques jours plus tôt, la grande patronne du même parti avait dîné dans un salon privé du très chic restaurant Drouantin, entourée des plus gros portefeuilles du CAC40. Autour de la table, on retrouvait le roi du luxe, le pape du pétrole, le sultan des assurances, la duchesse de l’énergie et même le prince héritier des médias. Une belle brochette de fortunes qui auraient pu éclairer la salle rien qu’en ouvrant leurs portefeuilles. Évidemment, ces agapes ont fait jaser. Les critiques ont fusé comme des bouchons de champagne mal tenus. Certains y ont vu une connivence entre le MEDEF et le Rassemblement National, rappelant des souvenirs historiques qui ont fait fureur mais que personne n’a envie de revoir traîner dans le salon. D’autres ont parlé d’une opération politique bien huilée, quoi qu’en disent les grands patrons qui jurent la main sur le bilan comptable qu’ils ne font jamais de politique. Mais quand on soulève un peu la nappe, mes pélicans, on découvre que l’entente cordiale n’était pas si cordiale que ça. Les patrons, d’habitude aussi bavards qu’un poisson rouge, ont laissé filtrer quelques impressions. Et ce n’était pas l’enthousiasme débordant, loin de là.
La seule flatterie est allée au jeune chef Jordan Barilla, qu’on a trouvé plus malléable que sa patronne, laquelle continue de donner des sueurs froides aux milieux économiques avec son programme jugé trop hors sol. La directrice d’Engie, présente au dîner, aurait même confié que le plan du parti pour l’énergie serait un désastre pour le pays. Ambiance. En résumé, mes pélicans en pantoufle, on a assisté à un drôle de numéro. D’un côté, des grands patrons qui veulent comprendre où souffle le vent. De l’autre, un parti condamné qui cherche à se normaliser en s’invitant dans les salons dorés. Et au milieu, une danse hésitante, pleine de sourires crispés et de compliments qui sonnent creux. Une valse où chacun marche sur les pieds de l’autre en espérant que personne ne le remarque. Mais dans les coulisses, tout le monde a bien vu que la musique sonnait faux.