L'inflation à la pompe : Une affaire de tous ? (Texte caustique social )

Celui-là l’ai écrit le lundi de Pâques, entre deux chocolats et trois inquiétudes, parce que cette histoire de prix qui grimpent me travaille comme un caillou dans la godasse. J’avais besoin de vider le trop-plein, de poser les mots pour empêcher la cocotte-minute d’exploser. Bonne lecture à tous et bon courage si vous devez utiliser votre tuture !

Nom d’un carburateur en pleine crise existentielle, t’as vu ce que deviennent les prix de l’essence, on dirait que chaque station-service s’est reconvertie dans le braquage légal, tu t’approches pour faire le plein et la pompe te regarde avec l’air sournois d’un pickpocket en formation continue, elle te vide le portefeuille avec la délicatesse d’un sanglier dans un potager, et toi tu restes planté là, les yeux écarquillés, à te demander si t’es venu acheter du carburant ou financer la prochaine navette spatiale d’un milliardaire en mal de sensations fortes. Et moi, tu vas me dire que j’ai pas de voiture, que je suis peinard, que je regarde tout ça de loin comme un moine zen qui observe la tempête depuis son rocher, mais laisse-moi te dire que même sans bagnole je prends la hausse en pleine poire, parce que quand les gens doivent vendre un rein, une molaire et la moitié de leur dignité pour faire dix kilomètres, ils ne vont plus nulle part, ils restent chez eux comme des huîtres timides, ils n’osent plus pousser la porte d’une librairie, ils ne viennent plus aux concerts, ils ne se pointent plus aux séances de dédicaces où je gratte mes petits Mickeys pour leur filer un sourire, ils ne traversent plus la ville pour acheter un bouquin, un dessin, un disque, une tranche de culture, rien, que dalle, et pendant ce temps les libraires regardent leur boutique comme on regarde un aquarium sans poissons, les petits commerces tirent la langue comme des chiens en plein désert, les artistes jouent devant des rangées de chaises vides qui grincent comme des fantômes vexés, et les festivals ressemblent à des villages abandonnés où même les cactus ont demandé leur transfert.

Et je te parle même pas des auxiliaires de vie, des infirmières, des aides-soignantes, ces héroïnes du quotidien qui doivent choisir entre faire le plein ou manger chaud, entre aller bosser ou garder un peu de sous pour acheter des pâtes, on marche sur la tête, on danse la polka sur un volcan, on fait du funambulisme au-dessus d’un ravin rempli de crocodiles affamés, le pays devient un gigantesque escape game où personne ne trouve la clé, et pendant que les prix flambent comme un barbecue oublié sous mistral, la culture crame, les liens se défont, les rencontres s’évaporent comme un pet de mouche dans un ouragan, et moi je regarde tout ça avec l’impression qu’on est en train d’éteindre la lumière pièce par pièce, comme si quelqu’un s’amusait à débrancher la France pour voir si ça fait du bruit.

Alors oui, j’ai pas de voiture, mais je suis touché jusqu’au sternum, parce que si les gens ne peuvent plus bouger, c’est tout ce qui fait battre le cœur d’un pays qui s’arrête, la culture, les échanges, les sourires, les discussions, les découvertes, les bouquins, les concerts, les festivals, les cafés, les librairies, les salles des fêtes, les petites scènes, les grandes émotions, tout ça se fane comme un bouquet oublié dans un vase sans eau, et si rien ne bouge aujourd’hui, si personne ne met un coup de pied dans la fourmilière, on va finir par se chauffer aux tickets de caisse et s’éclairer à la bougie en lisant des vieux bouquins en douce parce que tout le reste aura fermé boutique, et ça, mon pote, ça me fout la rage au réservoir, la vraie, celle qui te fait bouillir le sang comme une cocotte-minute oubliée sur le feu. Il serait peut-être temps que le président se remue les fesses pour discuter sérieusement avec les marchands de pétrole, parce que si personne ne régule la machine, la France va finir à l’arrêt complet et les petits travailleurs n’auront plus rien, et qu’il n’oublie pas l’essence du devoir, surtout, parce que sans elle, on n’ira pas bien loin.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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