Hergé était-il vraiment raciste ? (Texte analyse)

Encore un texte que j’avais balancé sur Facebook et qui avait fait grimper les rideaux, celui-là sur Hergé. Faut dire qu’on envoie un peu trop vite les vieux artistes au purgatoire sans piger le contexte, et ça, mon pote, ça me file des boutons. Alors je remets les pendules à l’heure, à ma manière.

Je vois circuler souvent la question : est-ce que Hergé était raciste ?
En réalité, toujours extirper les morts de leur époque est un peu trop fastoche... En vérité vraie, mon bichon, Hergé, c’est le cobaye idéal pour causer sociologie sans s’endormir dans son café crème. Si tu regardes le bonhomme avec des jumelles « individualisantes », tu peux te dire qu’il était raciste et antisémite, comme on colle une étiquette sur un pot de confiture. Fastoche, direct, sans fioritures.
Mais si tu chausses les lunettes du sociologue, celles qui te montrent les ficelles derrière les marionnettes alors l’affaire change de couleur. Là, tu te rends compte que le père Hergé, il a surtout été pétri, malaxé, roulé dans la farine d’une époque qui sentait fort la réaction et le conservatisme. Un produit du terroir idéologique, si tu veux. Pas né mauvais, juste élevé dans une serre où poussaient des idées pas fraîches.
Parce que les individus, vois-tu, c’est jamais des électrons totalement libres. Toujours embarqués dans des engrenages plus gros qu’eux, des mécaniques qui te moulent la cervelle comme un pâté de campagne. Mais attention, hein : déterminé ne veut pas dire condamné. On peut être façonné par son époque et quand même réussir à se refaire la façade intérieure.
Et Hergé, mine de rien, il a évolué, le bougre. Grâce aux rencontres, grâce au boulot, grâce à Tintin qui lui a servi de psychanalyste en culottes de golf. Ça veut pas dire qu’il a viré saint laïque du jour au lendemain, mais ça veut dire qu’il a su élargir son horizon, ouvrir les fenêtres, laisser entrer un peu d’air frais dans la mansarde.
Certains albums en portent la trace, noir sur blanc, sans discussion possible. Et c'est la même chose pour beaucoup d'artistes, d'écrivains, de penseurs... Tout n'est pas aussi blanc et noir.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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