V’là une petite anecdote en BD, mes gens : un gribouillis du quotidien qui débarque en claquettes et te chatouille la soirée comme un diablotin sous caféine.
Une histoire et au lit ! (Microfiction)
Je vais te dire un truc, moi, le vilain petit canard. On croit que j’ai passé ma vie à pleurnicher dans un coin de mare en attendant qu’un miracle me tombe dessus. On croit que j’ai accepté sans broncher les moqueries, les coups de bec, les « t’es moche », les « t’es pas comme nous », les « tu devrais faire un effort ». On croit que j’ai gobé tout ça comme un lombric un peu trop confiant. Eh ben non. J’ai ruminé. J’ai bouillonné. J’ai mijoté ma rébellion comme une soupe de cailloux. Parce que dans la famille, c’était toujours la même chanson. Les frères, les sœurs, les cousins, les cousines, tout le monde me regardait comme si j’étais un œuf pondu par erreur. « Regarde-le, on dirait qu’il a été dessiné par un gamin de trois ans. » « Il nage bizarre. » « Il mange bizarre. » « Il respire bizarre. » À les écouter, j’étais bizarre même quand je dormais. Un matin, j’ai dit stop. Je me suis levé, j’ai secoué mes plumes comme un général qui se prépare à déclarer la guerre, et j’ai annoncé : "J’en ai ras le bec de vos commentaires. Je suis moi. Je resterai moi. Et si ça vous plaît pas, vous pouvez aller barboter ailleurs." Silence dans la basse-cour. On aurait dit que j’avais déclenché une éclipse. Maman Canne m’a regardé avec ses yeux de mère dépassée. "Mais enfin, mon petit, on veut juste que tu sois... Normal. » Normal. Le mot le plus dangereux du dictionnaire. Je lui ai répondu : "Normal, c’est pour les canards qui ont peur de vivre. Moi, j’ai envie d’être moi, même si ça vous fait éternuer." Les frères ont éclaté de rire. Les sœurs ont levé les yeux au ciel. Les cousins ont dit que je faisais mon intéressant. Alors j’ai décidé de leur montrer ce que c’était, être moi. Je me suis mis à nager comme je voulais, pas comme on me l’avait appris. Je me suis mis à chanter, même si ma voix ressemblait à un violon malade. Je me suis mis à courir sur la berge, à sauter dans les flaques, à faire des pirouettes, à inventer des danses. Les autres canards me regardaient comme si j’étais devenu fou. Mais moi, pour la première fois, je respirais. Et puis un jour, un cygne est passé. Un vrai. Un grand. Un magnifique. Il m’a regardé, il a souri, et il a dit : "Tu sais, petit, t’as pas besoin d’être comme eux. Tu n’es pas fait pour rentrer dans leurs cases. Tu es fait pour les casser." Ça m’a fait un bien fou. Pas parce qu’il était beau. Pas parce qu’il était un cygne. Mais parce qu’il m’avait vu. Moi. Pas le vilain. Pas l’erreur. Pas le bizarre. Depuis ce jour, j’ai décidé que ma vie serait une rébellion permanente. Une ode à la différence. Un pied de nez à la normalité.
Oui, j’en ai assez d’être stigmatisé. J’en ai assez des vilains petits connards.
