L’Opéra‑Comique a décidé de jouer les globe‑trotters. Plus de scène. Plus de plateau. Plus de maison. Juste des travaux, des marteaux, des échafaudages. Alors la troupe s’est barrée hors les murs. Et quelle virée. Mozart en puzzle. Bizet en baskets. Stravinsky en diptyque. Une création mondiale. Et seize villes pour arroser tout ça... Explications
À l’affiche cette saison, mes agneaux, c’est un festival de dingueries lyriques. Un inachevé de Mozart transformé en pastiche. Un opéra itinérant qui cavale dans les rues. Une double production qui te retourne la tête. Un spectacle sur l’histoire de l’Opéra‑Comique. Et une création mondiale pour finir en feu d’artifice. Tout ça hors les murs. Et pas seulement à Paris. Parce que la Salle Favart se refait une beauté. Cage de scène. Plateau. Modernisation. Bref, on repeint la baraque.
Alors l’Opéra‑Comique s’installe au Lycée Carnot, construit par les ateliers Eiffel, rien que ça, pour ouvrir la saison avec Zaïde ou le Chemin de lumière, un pasticcio qui transforme le Singspiel inachevé de Mozart en aventure métaphysique. Raphaël Pichon à la baguette. Wajdi Mouawad aux dialogues. L’ensemble Pygmalion en embuscade. Et Sabine Devieilhe qui illumine tout ça comme un phare dans la nuit. Ensuite, changement de trottoir. Carmen de Bizet revient en version itinérante, imaginée par Jeanne Desoubeaux pour sa compagnie Maurice. Anaïs Bertrand reprend le rôle‑titre. Et elle déambule autour de la Cité internationale des Arts et du Collège François Couperin, dans le quatrième arrondissement. Une Carmen qui marche. Qui respire. Qui t’attrape au coin d’une rue. Puis direction Gennevilliers, au T2G, pour un diptyque qui sent le soufre : L’Histoire du soldat de Stravinsky et Into the Little Hill de George Benjamin. Mise en scène signée Marie‑Christine Soma et Daniel Jeanneteau. Lucie Leguay au pupitre de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Jennifer France et Joanne Evans sur le plateau. Du lourd. Du tendu. Du ciselé. Ensuite, place à La Fabuleuse Histoire de l’Opéra‑Comique, un spectacle qui porte bien son nom, écrit par Émilien Diard‑Detoeuf et mis en scène par Léo Cohen‑Paperman. Un patchwork d’airs de Dauvergne, Grétry, Bizet, Offenbach, Delibes, plus quelques chansons françaises pour faire glisser le tout. Avec Louise Bourgeat, Sophie Marcoux, Carla Chevillard, Ulysse Timoteo, Charles Fraisse et Flannan Obé. Et ça tourne dans seize villes. Poitiers. Arcachon. Périgueux. Cherbourg. Besançon. Compiègne. Fontainebleau. Saint‑Germain‑en‑Laye. Saint‑Brieuc. Et j’en passe. Une tournée comme on n’en fait plus. Et pour finir, mes loustics, une création mondiale. Heaven & Hell de Pascal Dusapin. Un “opératorio” commandé spécialement pour l’occasion. Mis en scène par Netia Jones. Au Grand Palais. Rien que ça. Mathieu Romano au gouvernail. Christel Loetzsch en mezzo‑soprano incendiaire. Un ensemble orchestral ramassé mais nerveux. Trois chœurs : l’Ensemble Aedes, la Maîtrise populaire de l’Opéra‑Comique, l’Ensemble vocal Bergamasque, le Chœur de Grenelle et le Chœur de chambre OTrente. Une armée vocale. Une muraille sonore. Et pendant ce temps, le foyer de l’Opéra‑Comique accueille une ribambelle de formats : récitals de jeunes duos, mini‑opéras comme Rita ou le mari battu de Donizetti ou Le Docteur Miracle de Lecocq, master classes avec Emmanuelle Haïm, Stéphanie d’Oustrac, Louis Langrée, conférences en mode procès fictif, lectures en musique, concerts pour tout‑petits. Une ménagerie lyrique. Une fête permanente. Une saison qui cavale. Qui explose. Qui déborde. Et qui prouve que même sans maison, l’Opéra‑Comique reste une bête de scène.