MINI‑COMIX : LE PUNK EN PAPIER QUI TE SAUTE À LA GORGE (Chronique graphique)

Aujourd’hui on plonge dans un univers qui sent la photocopieuse brûlée, la sueur de fanzineux insomniaques et la liberté pure : le mini‑comix, ce format venu des États‑Unis, enfant du punk, du DIY, de l’underground, de la rue, du garage, du “je fais tout moi‑même et j’emmerde les gens”. Un format minuscule. Un esprit gigantesque.

Connaissez‑vous le format mini‑comix, mes agneaux. Ce petit machin en papier qui a plus de rage dans ses huit pages qu’un roman de cinq cents. Ce format venu tout droit des États‑Unis. Né dans les années 1970. Dans les caves. Dans les garages. Dans les arrière‑salles de concerts punk où ça sentait la bière éventée et la liberté pure. Un format qui a poussé comme un champignon radioactif dans le terreau de l’underground américain. Nourri par le mouvement punk. Par les underground comix. Par les zinesters. Par les freaks. Par les artistes qui n’attendaient rien de personne. Et surtout pas des éditeurs. Ces mini‑comix, appelés aussi mini‑BD. Ou “mini‑béday” comme je les appelle pour rigoler. Ce sont des petites BD qu’on peut imprimer soi‑même. Plier soi‑même. Agrafer soi‑même. Vendre soi‑même. Un format où tu es ton propre patron. Ton propre imprimeur. Ton propre distributeur. Ton propre public parfois. Ça se fait au format A6. Huit pages. Un pliage. Deux agrafes. Et roule ma poule. Tu peux y raconter des petites aventures. Des délires. Des confessions. Des coups de gueule. Des absurdités. Des poèmes. Des horreurs. Des blagues. Tout ce que tu veux. Tu peux les vendre trois euros dans les salons du livre. Dans les boutiques en ligne. Sur ta page Patreon. Dans les petites librairies indépendantes. Partout où quelqu’un accepte de tendre la main pour prendre un petit bout de papier qui a une âme. Et ce format, mes loustics, il a une histoire. Une vraie. Une qui claque. Une qui sent la poudre. Aux États‑Unis, dans les années 70 et 80, c’était une révolution. Un mouvement. Une déferlante. Un cri de guerre.

Les pionniers, les vrais, les tatoués du mini‑comix, c’étaient des types comme Matt Feazell. Le pape du stickman minimaliste. Un génie du trait qui te raconte la vie avec trois lignes et un rond. John Porcellino. Le moine zen du fanzinat. Créateur de King‑Cat. Un poète du quotidien. Un maître du silence. Steve Willis. Le grand manitou du small‑press. Un fou furieux de la photocopie. Un évangéliste du papier plié. Clay Geerdes. Le parrain du mouvement. Photographe. Zinester. Agitateur. Celui qui a donné son nom au “mini‑comix” tel qu’on le connaît. Et puis il y avait les zinesters du SPCE. Les catalogues photocopiés. Les réseaux postaux. Les échanges par enveloppes kraft. Les artistes qui envoyaient leurs mini‑comix contre un timbre. Un sourire. Un merci. Un autre mini‑comix. Un dessin. Un mot doux. Une fraternité de papier. Un mouvement où tout le monde pouvait créer. Où personne ne te disait non. Où tu pouvais être mauvais.

Génial. Bizarre. Incompréhensible. Et tout le monde s’en foutait. Parce que l’important c’était de créer. De publier. De partager. Dans les années 80, le punk a soufflé sur tout ça. Le DIY. Le “do it yourself”. Le “je fais tout moi‑même et j’emmerde le système”. Les mini‑comix étaient l’extension naturelle de cette philosophie. Un format où tu pouvais hurler ta vérité sans demander la permission. Dans les années 90, le mouvement a fusionné avec la culture zine. Les fanzines. Les perzines. Les artzines. Les riot grrrl zines. Les journaux personnels. Les manifestes politiques. Une galaxie de papier. Un univers parallèle. Un monde où la création ne coûtait rien. Où la liberté coûtait juste une ramette de papier et une agrafeuse. Aujourd’hui encore, au Canada, aux États‑Unis, en Australie, en Angleterre, le mouvement zine est vivant. Vibrant. Bruyant. Coloré. Anarchique. Et les mini‑comix en sont un pilier. Un format culte. Un format mythique. Un format qui refuse de mourir. En France, mes loustics, c’est une autre histoire. On n’est pas nombreux à en faire. Deux pelés. Trois tondus. Parmi eux, il y a Jean‑Paul Jennequin. Avec son Mini de la semaine. Un bijou. Un petit miracle hebdomadaire. Un exercice de style. Un journal intime dessiné. Un laboratoire graphique. Et puis il y a moi. Ton serviteur. Avec mes mini‑aventures de Popeye. Avec ma série autobiographique 37 cierges. Avec mes mini‑béday qui tiennent dans la main mais qui débordent du cœur. Ce n’est pas une mode en France. C’est un acte de résistance. Un plaisir pur. Un défi. Un jeu. Un bonheur. J’adore en faire. J’en vends pas mal dans ma boutique en ligne. Dans les salons. Dans les librairies. Chaque mini‑comix que je fais, c’est un petit morceau de liberté. Un petit cri. Un petit rire. Un petit bout de moi. Ce format, mes agneaux, c’est une merveille. Une drogue douce. Un terrain de jeu. Un espace où tu peux tout tenter. Tout casser. Tout inventer. Le mini‑comix, c’est l’avenir du passé. Le futur du papier. La preuve que la création n’a pas besoin de budget. Juste d’envie. D’audace. De folie. Tant qu’il y aura des zinesters. Des punks. Des rêveurs. Des dessinateurs insomniaques. Des agrafeuses qui grincent. Des photocopieuses qui chauffent. Le mini‑comix vivra. Et moi avec.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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