Panique au bénitier ! (Chronique ironique)

Quand certains défenseurs autoproclamés des « valeurs chrétiennes » découvrent avec horreur que le pape et l'Évangile racontent exactement la même histoire. Explications.

Mes petits anges sortis d'un vitrail, je regarde avec une tendresse zoologique les chrétiens d'extrême droite qui agitent leur Bible en ce moment comme un gendarme agite son carnet à souche, mais qui deviennent rouge écarlate dès qu'un migrant apparaît à l'horizon. Ils aiment les clochers, les crèches, les processions, les statues et les cierges, LES TRADITIONS, ils aiment le christianisme comme on aime les nappes de sa grand-mère, pour la décoration. Mais le contenu du livre leur fait un peu mal au cœur. Ainsi, lorsque le pape, venu en France, leur rappelle qu'un chrétien doit accueillir l'étranger, secourir le malheureux, tendre la main à celui qui est tombé dans le fossé de l'existence, ils crient comme des mouettes enrhumées : Le pape aurait viré à la gauche ! Ahah ! Mandieu ! Saint Pierre votait Socialo…ARGH…. Explosion dans la chapelle !

(Le bon samaritain, tableau de Luca Giordano)

Je rigole en lisant certains commentaires de ces ostrogoths mal embouchés, sur la toile… Il suffit pourtant d'ouvrir l'Évangile au lieu de le prendre pour un cale-meuble et lisez la parabole du Bon Samaritain, c’est celle d’un pauvre diable abandonné sur le bord de la route, écrasé comme une crêpe par le rouleau compresseur. Les représentants officiels de la religion lui jettent des regards de côté et filent plus vite qu'un contribuable devant un contrôleur des impôts. Puis un Samaritain arrive. L’étranger. Le type qui n’est pas du bon peuple, pas du bon quartier, pas de la bonne communauté. Aujourd'hui, il arriverait avec un accent, une valise usée et toute une rubrique contre lui dans les commentaires des réseaux sociaux. Et pourtant, c'est lui qui s'arrête. C’est lui qui guérit. C'est lui qui paie. C'est lui qui aide. Le héros de l’histoire, choisi par Jésus en personne, n’est pas le gardien autoproclamé de l’identité nationale, mais l’étranger qui pratique la solidarité. Le Nazaréen, ce terrible provocateur en sandales, avait le goût du scandale, décidément. C’est un peu comme voir un végétarien ouvrir une boucherie chevaline ou un pyromane présider l’association des sauveteurs forestiers que de voir certains expliquer qu’ils défendent les valeurs chrétiennes tout en crachant sur les migrants. Ils lisent les Évangiles avec la même assurance et la même lecture d'un ivrogne récitant le code de la route. Ce qui est le plus cocasse, c'est qu'ils se croient en mesure de corriger le pape, alors que celui-ci ne fait que rappeler une consigne vieille de deux mille ans. « Va, et fais pareillement », disait Jésus. Pas « va voir les papiers ». Pas : “Va et mesure le taux de compatibilité de la couleur.” Il n’y a pas « va et demande d’où il vient ». Juste « procède de même ». Une phrase courte, claire, presque impossible à mal comprendre, sauf peut-être quand la haine fait office de marque-page…

Alors je pense bien à eux, car en effet, relire la bible devrait leurs faire beaucoup de mal à ces ânes haineux là ! Aha ! Non, le pape n’est pas spécialement de gauche, il est surtout humaniste comme le message de la bible et celui de certains courants de pensées humanistes. C’est rude de l’admettre hein ? Allez, bon courage à vous, respirez et surtout, CULTIVEZ-VOUS !


Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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