Attention, mes aminches, ce soir, vous allez avoir le droit à 7 planches de BD ! Une histoire avec Popeye, rien que pour vous ! (Pour ceux qui ne savent pas encore, j’ai repris le personnage de Popeye dans de nouvelles aventures, il est tombé dans le domaine public !) Bonne lecture !
Une histoire et au lit ! (Microfiction)
J’étais crevé, mais crevé comme un mur porteur un jour de tempête. Le chantier me pompait l’âme, la moelle, les rotules, tout ce qui pouvait encore tenir debout. Depuis six heures du matin, je trimais comme un bœuf enrhumé, à porter des sacs de ciment qui pesaient plus lourd que mes regrets, à monter des échafaudages qui grinçaient comme des violons mal accordés, à écouter le chef brailler des ordres qu’il inventait juste pour se sentir vivant. À midi, j’étais vidé. Un zombie en bleu de travail. Un fantôme avec un casque. Alors j’ai dit : « Pause bière. » Les collègues ont approuvé comme une chorale de piliers de bar. On s’est assis sur des parpaings, on a ouvert les canettes, et on a laissé nos âmes se réhydrater. Le soleil tapait sur nos casques comme un marteau sur une enclume, mais la bière faisait son petit miracle, celui qui transforme un chantier en terrasse de café. C’est là que j’ai eu une idée. Une idée débile. Une idée magnifique. Je me suis levé, j’ai fouillé dans mon sac, et j’ai sorti ma flûte. Oui, ma flûte. Une vraie. En bois. Pas un gadget. Pas un jouet. Une flûte que je trimballe partout, comme un secret honteux ou un talisman magique. Les collègues m’ont regardé comme si j’avais sorti un crocodile. « Qu’est-ce que tu fous avec ça, Jojo ? » « Tu vas nous jouer la musique des tuyaux ? » « Tu veux séduire le chef ? » J’ai soufflé dedans. Un petit souffle d’abord, timide, comme un ouvrier qui n’ose pas demander une augmentation. Puis un vrai souffle, un souffle qui venait du fond du chantier, du fond de mes poumons, du fond de ma fatigue. Et là... Silence. Un vrai. Un silence qui tombe comme une dalle de béton. Les gars ont arrêté de boire. Ils ont arrêté de parler. Ils ont arrêté de respirer presque. Je jouais. Je jouais comme si le chantier était une cathédrale. Je jouais comme si les grues étaient des orgues. Je jouais comme si les sacs de ciment étaient des coussins moelleux. La musique montait, tournait, glissait entre les poutres, se faufilait dans les échafaudages, caressait les casques, enveloppait les corps fatigués. Les gars se détendaient, leurs épaules descendaient, leurs sourires revenaient, leurs yeux brillaient comme des phares dans la poussière. Le chef est arrivé, prêt à gueuler. Il a entendu la flûte. Il s’est arrêté. Il a fermé la bouche. Miracle. Quand j’ai fini, personne n’a parlé. Puis Marco a dit : « , Jojo... J’me sens bien. » Les autres ont approuvé en silence, comme si un sort venait de tomber sur le chantier. Je vais m’apporter ma flûte. Je repris ma bière.
Et je dis : « Les gars... c’était Mozart. La Flûte en chantier ! »
