V’là une petite anecdote en BD, mes gens : un gribouillis du quotidien qui débarque en claquettes et te chatouille la soirée comme un diablotin sous caféine.
Merci à ceux qui sont venu dans ce salon, pour dédicacer et discuter autour de mes guides illustrés !
Une histoire et au lit ! (Microfiction)
C’est l’histoire de Fantômas. L’affreux. Le spectre des nuits sans lune. Une ombre qui rampe dans les ruelles comme un souvenir mal lavé. Une présence qui sent la poudre froide et les crimes oubliés. Un souffle de ténèbres qui traverse la ville avec ses trois silhouettes de suie derrière lui. Des sbires taillés dans le noir, muets comme des pierres tombales. Tous avancent vers leur prochain coup. Un braquage banal. Une caisse à vider. Un peu de frisson à remettre dans un monde qui n’en veut plus. Le masque bleu pousse la porte du magasin Action. Un temple du quotidien où les âmes se ruent pour acheter des babioles, des serpillères, des décorations de Noël en plein mois d’août. Il entre comme un roi des ténèbres qui vient réclamer son tribut. Mais rien ne se passe. Pas un souffle. Pas un frisson. Pas un recul. Juste la foule qui continue de se battre pour des bougies parfumées. Des gosses qui cavalent comme des diablotins sous amphétamines. Des clients qui braillent pour un lot de boîtes de rangement. Fantômas reste planté là avec son arme dans la main. Ses hommes derrière. Mais personne ne le voit. Personne ne le respecte. Personne ne calcule la menace. Même les enfants le bousculent. Lui marchent sur les pompes. Le frôlent comme s’il était un mannequin tombé du rayon vêtements. La moutarde lui grimpe au nez. La vieille colère remonte. La nuit en lui se réveille. Il lève son arme. Tente de rappeler au monde qu’un monstre se tient devant eux. Rien. Pas un cri. Pas un regard. Juste une cliente qui râle parce qu’il reste plus de gel douche à la vanille. Jeanine, la caissière, se lève. Une montagne de bonne femme avec le souffle d’un bœuf asthmatique. Elle le fixe. Le fusille du regard. Lui balance qu’elle n’a pas le temps pour ses singeries. Qu’elle doit mettre en place tout le rayon de Noël alors qu’on est fin août. Qu’elle doit gérer les paiements, les réclamations, les codes‑barres qui passent pas, les gosses qui volent des bonbons. Et qu’elle ne va pas se laisser emmerder par un gugusse masqué qui croit faire peur avec son costume de carnaval. La scène lui glisse entre les doigts comme une savonnette dans une douche de prison. La terreur qu’il portait autrefois s’effrite. Se dissout. Disparaît dans le brouhaha. De nouveaux clients déboulent. Ça hurle. Ça s’interpelle. Ça se bouscule. Ça se marche dessus. Fantômas comprend que le monde moderne a tué le frisson. Que les écouteurs ont remplacé la peur. Que les gens n’entendent plus la mort leur chuchoter dans le cou. Il baisse les bras. Fait signe à ses hommes. Décide de foutre le camp. De déguerpir comme un chat mouillé. Il ne comprend plus cette époque, 2026. Au moment de sortir, un clochard à l’entrée l’engueule. Lui réclame du fric. Lui bloque le passage. Fantômas décide d’obtempérer pour éviter un drame…
Au final, il ressort perdant… Il n’a plus que la monnaie de sa pièce.
Peter Patfawl
