Les rois de l'espérance (Chronique d'album)

Avec HOPE, les Flower Kings continuent de bâtir des cathédrales sonores loin des modes et près du cœur. Chronique.

Bon sang de bois verni au Mellotron, je viens de me manger deux écoutes complètes de HOPE, le nouvel album des Flower Kings, sorti ce matin dans les bacs et sur les plateformes numériques.

Cet album est le dix-huitième de la formation suédoise et poursuit une aventure commencée il y a plus de trente ans, avec cette même volonté de faire passer l'inspiration avant les recettes commerciales. On y retrouve notamment une longue suite de près de dix-neuf minutes ainsi que l'immense The Gods Of Rome, qui approche la demi-heure et constitue le cœur battant du disque. Alors autant vous prévenir tout de suite, mon objectivité est partie en vacances depuis longtemps. Je suis tombé amoureux de ce groupe il y a sept ans. Depuis, j'ai tout écouté. Absolument tout. Les dix-huit albums studios. Les grands classiques, les retours, les périodes plus controversées, les moments de grâce. J'ai vu le groupe à Paris. J'ai interviewé Roine Stolt pour mon fanzine. J'ai même une photo avec lui dans les rues de la capitale après un concert.

Autant dire que lorsque sort un nouvel album des Flower Kings, je fonce dessus comme un libraire sur une caisse de vieux bouquins introuvables. Les Flower Kings ont toujours occupé une place particulière dans mon univers musical. C'est un groupe impossible à enfermer dans une case. Ils peuvent partir d'un riff de rock progressif, bifurquer vers une harmonie héritée de la musique classique, faire un détour par le jazz, s'égarer dans une expérimentation sonore avant de revenir avec une mélodie lumineuse qui semble sortie d'un rêve. Chez eux, les influences ne se juxtaposent pas, elles dialoguent. C'est parfois foisonnant, parfois excessif, mais toujours vivant. Ce nouvel album s'inscrit clairement dans la continuité de LOVE, Look At You Now et By Royal Decree. On y retrouve ce goût des compositions ambitieuses, des arrangements luxuriants et de cette liberté artistique que le groupe revendique depuis toujours. Roine Stolt l'explique d'ailleurs clairement : l'objectif n'est pas de fabriquer un produit calibré, mais de créer l'album que les musiciens ont eux-mêmes envie d'écouter. Et ça s'entend du début à la fin. J'entends déjà les critiques. Je les connais par cœur. Un jour, un amateur de rock bien rugueux m'avait lancé : « À force d'être aux confins de toutes les influences possibles, on finit par ne plus faire de rock du tout. » Je comprends ce qu'il veut dire. Oui, les Flower Kings débordent. Oui, ils refusent souvent la simplicité. Oui, ils prennent des chemins que beaucoup n'oseraient pas emprunter. Mais justement, c'est ce que je viens chercher chez eux. Je passe mon temps à fouiller les marges, à chercher des pépites, des albums qui refusent obstinément de ressembler au voisin. Les Flower Kings font partie de ces groupes qui continuent à explorer alors que tant d'autres se contentent de recycler les mêmes formules. Et puis il y a le fond. Car derrière les claviers en apesanteur, les guitares chantantes et les structures labyrinthiques, HOPE parle de notre époque. D'un monde fracturé. D'un manque grandissant d'empathie. D'une société qui semble parfois perdre le goût du dialogue. Pourtant, l'album refuse le cynisme. Là où beaucoup choisissent la noirceur, les Flower Kings répondent par l'espoir. Le disque se présente comme une réflexion sur les divisions contemporaines tout en proposant une vision profondément optimiste de l'humanité. Et nom d'un vieux Moog qui grésille dans une cave suédoise, ça fait un bien fou. Au terme de ces deux écoutes, je me retrouve exactement dans l'état que j'espérais. Avec des mélodies qui tournent encore dans ma tête, des passages que j'ai déjà envie de redécouvrir et cette sensation de bien-être que les Flower Kings me procurent depuis des années. Certains trouveront l'album trop long, trop dense ou trop compliqué. Moi, j'y vois tout ce que j'aime dans le rock progressif : l'ambition, la curiosité, la recherche mélodique et la volonté de croire encore qu'un disque peut être une aventure. Dans une époque où tout semble conçu pour être consommé puis oublié avant le café suivant, HOPE est un album qui demande du temps, de l'attention et un peu d'abandon. En échange, il offre de la lumière. Et franchement, en ce moment, c'est exactement ce dont j'avais besoin. Je vous les conseille, évidemment !!!


Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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