La lecture : Où on en est ? (Texte analyse)

Voilà un texte que j’avais pondu pour le quart d’heure de lecture, et que j’avais aussi balancé sur Facebook. Un truc simple, franc du collier, qui avait fait son petit chemin. Le genre de bafouille qui te tombe dessus sans prévenir et qui te rappelle que lire, parfois, ça remet les boulons en place.

Tu veux que je te dise, mon poteau ? La lecture, aujourd’hui, c’est comme les slips en coton bio : tout le monde dit que c’est formidable, mais dès qu’il faut en enfiler un, y a plus personne. On préfère se balader en short numérique, les fesses à l’air sur TikTok, à scroller comme des castors sous amphétamines.
Alors les grands pontes de la pédagogie ont sorti le quart d’heure de lecture. Un quart d’heure, tu te rends compte ?Le temps de faire bouillir un œuf dur ou de se faire larguer par SMS. Mais attention, hein : un quart d’heure sacré, où tu poses ton smartphone, tu débranches ton cerveau de la Wi-Fi, et tu te reconnectes à l’humanité par la porte des mots. Et là, miracle : les mômes lisent. Pas tous, faut pas rêver, mais y en a qui s’y collent. Ils ouvrent un bouquin comme on ouvre une boîte de sardines : avec méfiance, mais ça finit par sentir bon. Pendant ce temps, les adultes font semblant de lire aussi. Ils tiennent un roman à la main, mais leur œil gauche surveille la LED du téléphone, au cas où une notification viendrait leur rappeler qu’ils existent. Parce que le vrai drame contemporain, mon vieux, c’est pas l’illettrisme. C’est la peur panique de rater un mème de chat. Tu les vois, les nouvelles technologies ?Elles te promettent le savoir universel, et elles t’offrent surtout des vidéos de types qui tombent de trottinettes électriques. Elles te jurent qu’elles vont t’aider à mieux lire, et elles t’envoient des résumés de livres en 12 secondes, lus par une voix de robot qui a l’air de s’excuser d’être née. Alors oui, le quart d’heure de lecture, c’est peut-être ringard. C’est peut-être pas assez “immersif”, pas assez “gamifié”, pas assez “augmenté”. Mais tu sais quoi ? C’est humain et ça, mon gars, c’est devenu plus rare qu’un ministre honnête ou qu’un métro qui arrive à l’heure. Pendant quinze minutes, tu redeviens un être pensant. Tu t’évades, tu t’élèves, tu t’étonnes. Tu fais travailler la machine à rêves, celle qui n’a pas besoin de batterie et qui ne t’espionne pas pendant que tu dors. Alors ouais, moi je dis banco. Le quart d’heure de lecture, c’est pas la révolution, mais c’est un bon début. Un petit doigt d’honneur levé vers la tyrannie du pixel. Un rappel que dans ce monde de notifications hystériques, on peut encore se poser, respirer, et laisser un auteur nous chuchoter des trucs dans le ciboulot. Et si ça plaît pas aux algorithmes, qu’ils aillent se faire recompiler.

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

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