Je vous écris depuis la côte, avec le vent qui claque contre les parasols et la mer qui respire comme une bête tranquille. Merlimont m’a repris pour une deuxième saison, et j’y retrouve mes habitudes de marchand de papier, mes crayons qui chauffent, mes albums qui s’alignent comme des soldats prêts à partir en mission. Deux fois par semaine, je plante mon stand au marché estival, et les lecteurs de l’an dernier reviennent déjà, ces gamins qui attendent le tome 3 de Jean, le dernier des soldats, comme on attend un courrier venu du front. Ils veulent leur dédicace, leur mot griffonné, leur petit rituel.
Et pendant que les médias répètent que les jeunes ne lisent plus, que les librairies s’effondrent, que les écrans ont tout dévoré, ici ce sont justement les plus jeunes qui tiennent mes livres entre leurs mains, qui les feuillettent, qui les réclament. Les anciens passent parfois sans un regard, mais les enfants, les ados, les jeunes actifs s’arrêtent, posent des questions, sourient. Ce coin de mer doit être une anomalie, une enclave où la lecture n’a pas rendu les armes.
Je vends mon stock doucement, coincé entre mes deux camarades marchands de légumes qui attirent les foules et Christelle, la nouvelle placière, qui m’accueille avec une bienveillance simple. Pendant que le marché vit sa vie, je dessine mes deux projets qui sortiront en octobre et décembre. Le tome 4 de Jean avance avec la régularité d’un régiment discipliné.
Et à côté, je prépare les missions secrètes de Mamie Trayète, une grand-mère (inspirée par la mienne !) agent secret qui part affronter des terroristes de l’accroc-alimentaire, ces bandits qui volent les recettes gastronomiques pour les industrialiser et empoisonner le monde. Une aventure qui mélange l’élégance de James Bond et la fantaisie de L’aile ou la cuisse, une BD jeunesse sur le plaisir de bien manger ensemble. Je vous montrerai quelques extraits ici, rien que pour vous. Ca sera publié chez Kryseis Edition, en Décembre.
Je poursuis aussi mes chroniques enragées, celles qui finiront dans un fanzine de cent pages, un recueil de colères qui me libérera autant que ceux qui le liront.
Je continue mes Mini-Beday autobiographiques, les nouveaux numéros de 37 cierges, que je vends aussi sur le marché, avec le reste de ma petite bibliothèque de papier.
Et comme je lis beaucoup pendant l’été, je me régale avec le journal de Jules Renard, un journal où je me reconnais parfois. Il y a des passages datés, un peu raides, mais un siècle nous sépare, alors je lui pardonne. Le reste est lumineux. Je vais pouvoir citer quelques phrases dans les repas familiaux et mondains, ça donne un certain panache. Il y a quatre tomes, il ne m’en reste plus que trois. Merci à Mélinda, ma bouquiniste préférée, de m’avoir déniché celui-là. C’est un journal culte.
J’écris moi aussi mes pensées le soir, ça m’amuse, ça me soulage. On verra bien si un jour elles trouveront un éditeur. Calaméo - Notes Aux Bênets ! (Carnet De Notes Et De Bétises)
Début septembre sortira le numéro 11 de Foutoir, qui sera candidat pour le prix Fanzine du festival d’Angoulême 2027. On verra comment tout cela va se goupiller, Marie, la nouvelle organisatrice, nous expliquera ça par courriel. Et une autre nouvelle est tombée, une belle, une vraie. La mairie d’Albert, ma ville où j’habite à l’année, m’a trouvé une place dans le nouveau marché du samedi matin. Ils veulent un marché plus artisanal, avec le marchand de légumes, le créateur de savons, de bougies, et moi au milieu, avec mes BD, mes fanzines, mes histoires. J’y aurai toute ma place, et j’alternerai avec les festivals et salons où je serai invité bien évidemment. (Je vais logiquement à la fête de l’huma)… Cela me fera des rencontres chaque week-end, des ventes, des dédicaces, un rythme régulier pour présenter mes nouveaux numéros de 37 cierges et le reste de mes créations. Voilà les nouvelles du rivage. Je continue de travailler, de lire, de vendre, de profiter du soleil. Ici, la chaleur ne cogne pas, elle caresse. Je sais que vous étouffez ailleurs, alors j’en profite pour vous envoyer un peu de brise, un peu de lumière, un peu de mer.
C’est poétique, hein ? Je vous envois du rêve comme ça. Allez, apéro !
Bien à vous tous ! Profitez bien, les gens !
Peter Patfawl
