Ah, celui‑là, c’est un texte plus doux, plus personnel. Je l’avais écrit pour la fête des mamies, histoire de rendre hommage aux miennes, parties depuis belle lurette. J’en ferai d’autres dans ce ton-là, ça change un peu la cadence
Aujourd’hui, c’est la fête des mamies, et moi je range les actualités au placard pour lever mon verre à deux femmes qui m’ont mis du soleil dans les veines dès ma genèse. Mes grands-mères, mes deux reines du cœur, celles qui savaient transformer un dimanche gris en feu d’artifice de bonne humeur avec des bons petits plats. l'une parlait cht'i et l'autre aimait l'histoire, la généalogie, les souvenirs d'antan. Elles ne sont plus là, mais elles trottent encore dans ma mémoire avec leurs rires qui réchauffaient tout, même les jours où la vie tirait la tronche. Quand j’étais môme, les moments qui m'ont marqué en famille, c’était souvent avec elles : le temps qui s’étire, les repas qui chantent, les cadeaux qui brillent comme des trésors de pirates. Ce sont elles qui m’ont alimenté ma culture en me mettant des livres dans la main avant même que je sache écrire, qui m’ont offert des BD comme on offre des portes ouvertes, qui ont flairé mes rêves avant moi. Elles aimaient manger, elles aimaient boire un coup, elles aimaient vivre, vivre vraiment, avec cette joie solide qui ne s’excuse jamais. Et moi, je les regardais comme on regarde deux magiciennes capables de transformer la moindre minute en souvenir impérissable. Puis la mort est venue, cette vieille fouine qui ne frappe jamais avant d’entrer. Elle les a emportées, mais elle n’a pas réussi à les effacer : leurs voix, leurs expressions, leurs éclats de rire restent accrochés à moi comme des lanternes qui refusent de s’éteindre. Aujourd’hui, je fais mes repas sans elles, mais je trinque pour deux, pour leurs vies, leurs gestes, leurs attentions, tout ce qu’elles m’ont donné sans jamais rien demander. Bonne fête à elles, et bonne fête à toutes les grands-mères : que leurs petits-enfants aient, un jour, les mêmes souvenirs tendres et lumineux que ceux qui me font tenir debout aujourd'hui.
Santé !