V’là une petite anecdote en BD, mes gens : un gribouillis du quotidien qui débarque en claquettes et te chatouille la soirée comme un diablotin sous caféine.
Pas fastoche d’avoir plusieurs projets d’un coup, mais on s’accroche à notre crayon !
Une histoire et au lit ! (Microfiction)
Je suis Mickey, oui, moi, la vieille souris qui a trimballé son museau sur des millions d’affiches, de pellicules, de produits dérivés, de rêves d’enfants et de cauchemars de comptables. Je suis vieille comme une chanson qu’on a trop jouée, vieille comme un costume qu’on a trop porté, vieille comme un sourire qu’on a trop tiré. Une partie de moi est même tombée dans le domaine public, imagine un peu la sensation : on te découpe, on te remixe, on te réutilise sans te demander ton avis, comme si ton identité était un vieux torchon qu’on peut prêter à n’importe qui. Je dépéris parfois, je le sens dans mes os, dans mes articulations, dans mon dos qui craque comme une planche mal clouée. Je suis censée rester jeune, fraîche, bondissante, la petite souris que les enfants adorent, mais les enfants d’aujourd’hui veulent du neuf, du rapide, du clinquant, et moi je me fane comme une fleur oubliée dans un vase. Je me dis que je devrais faire une cure, une vraie cure de jouvence, un truc qui me retape, qui me remonte, qui me redonne le sourire rond et les oreilles bien noires. Mais vieillir, c’est difficile, surtout quand on est censée être éternelle. Je sens mes douleurs d’arthrose, mes lombaires qui tirent, mes omoplates qui grincent. Je me lève le matin avec la sensation d’avoir dormi dans une boîte à chaussures. Je voudrais rester jeune parce que ce sont les jeunes qui m’aiment, qui me regardent, qui me dessinent, qui me portent dans leurs jeux, leurs films, leurs rêves. Mais je sens que je fatigue. Je sens que je me fane. Je sens que je deviens une vieille souris qui a besoin d’un coussin lombaire et d’une bouillotte.Et puis il y a le lit. Mon lit. Je dois le refaire tous les quinze jours, comme tout le monde, sauf que moi, je me bloque le dos à chaque fois que je veux enfiler ce fichu drap housse. Je me penche, je tire, je glisse, je me coince, je grogne, je peste, je mords presque le matelas tellement ça m’énerve. Je suis Mickey, mais je suis aussi Mickey qui se bloque le dos en essayant de border un coin de drap. C’est ça, vieillir. C’est ça, être une icône qui n’a pas été conçue pour avoir mal aux lombaires. Je voudrais rester jeune, mais je suis une vieille souris qui se bat avec son linge de lit comme une héroïne fatiguée.
Depuis quelques années, Minnie rigole bien et me surnomme : Mickey ma Housse.
