Une histoire et au lit (Microfiction)
Je m’appelle Zorro. Le justicier au masque noir. Le renard de la nuit qui découpe l’ombre comme un couteau bien affûté. Je suis censé faire trembler les bandits, les gringos, les margoulins, les coupe-jarrets, mais ce soir je me retrouve face à une femme sublime, une apparition qui ferait reculer un démon. Loloshka. Cinquante ans de mystère, de mascara noir, de rouge à lèvres vif, de talons qui claquent comme des sentences. Elle fait peur aux gringos les plus affreux. Et moi, Zorro, je sens que même ma cape hésite à bouger devant elle. La nuit est lourde, collante, pleine de murmures. Je viens de tomber sur un cadavre dans une ruelle derrière la taverne de Don Esteban. Un type étendu dans la poussière, raide comme un secret qu’on aurait oublié de cacher. Pas un bruit autour. Juste le vent qui joue avec les rideaux des maisons comme un gamin mal élevé. Je me penche. Je regarde la face du mort. Une gueule que j’ai déjà vue dans les bas-fonds de Los Angeles. Un joueur de cartes. Un tricheur. Un bavard. Pas le genre à mourir sans laisser un indice. Je relève la tête. Loloshka est là. Elle surgit comme une ombre maquillée, une panthère en robe noire. Elle me regarde avec un sourire qui pourrait faire fondre un lingot d’or. Elle dit que le mort n’est pas tombé tout seul. Qu’il a été vu en train de discuter avec un homme en veste sombre, un type nerveux, un cavalier sans patience. Je lui demande comment elle sait ça. Elle hausse les épaules. Elle dit qu’elle écoute. Qu’elle observe. Qu’elle n’a pas besoin de cape pour comprendre les gens. Je fouille le cadavre. Une carte de jeu. Le valet de pique. Une trace de poudre sur la manche. Une odeur de rhum bon marché. Je me relève. Loloshka me répare. Elle dit que le tueur est encore dans les parages. Que les hommes qui tuent ne courent jamais très loin. Je sens son parfum. Un mélange de nuit, de danger et de fleurs qui ne poussent que dans les cimetières. Je remonte la ruelle. Loloshka me suit. Ses talons résonnent comme des coups de marteau sur une tombe fraîche. On avance vers la place centrale. Un cheval hennit. Une ombre bouge derrière la fontaine. Je m’approche. Je vois une silhouette. Un homme qui tremble. Il tient quelque chose dans la main. Une arme. Une petite. Une misérable. Je m’avance. Il recule. Loloshka lui parle. Elle lui dit qu’il ferait mieux d’avouer avant que la nuit ne le dévore.L’homme lâche l’arme. Il dit que le mort lui devait de l’argent. Qu’il a voulu le menacer. Qu’il n’a pas voulu tirer. Que c’est parti tout seul. Je le regarde. Je vois la peur. La vraie. Celle qui fait trembler les genoux. Loloshka soupire. Elle dit que les hommes sont toujours les mêmes. Toujours prêts à tuer pour une poignée de pièces. Je l’attache. Je le mène vers la taverne. Loloshka me regarde. Elle sourit. Elle dit que je suis un justicier, mais que la justice, parfois, a besoin d’une femme qui n’a peur de rien. Et cette nuit, c’est elle qui a tout vu...
Notre justicier ainsi que sa belle héroïne viennent donc de réussir leur test... ils évitent un Zorro pointé !
Peter Patfawl
