Mes petits mirlitons phosphorescents. Il vient de se produire un événement qui ferait se relever Mozart lui‑même pour vérifier si on ne se moque pas de lui. Une pièce inédite.
Oui. Inédite. Écrite à Paris en 1778. Lors de son second séjour dans la capitale. Une époque où le petit Wolfgang traînait ses guêtres poudrées dans les salons parisiens. Cette partition dormait depuis deux cent quarante‑huit ans dans les entrailles de la Bibliothèque Nationale de France. Une vraie caverne d’Ali Baba. Avec des trésors qui roupillent comme des chats repus. Jusqu’au jour où un bibliothécaire fouineur tombe dessus. Il regarde. Il fronce les sourcils. Il se dit que ça sent le Mozart. Que ça ressemble au Mozart. Que ça a la patte du Mozart. Les experts confirment. C’est du vrai. Du pur. Du non catalogué. Du jamais entendu. Et là. La BNF appelle France Musique. Et France Musique dit oui. Oui tout de suite. Oui maintenant. Oui pour une exclusivité mondiale. Une première mondiale. Une vraie. Une qui fait trembler les archets. L’intégralité de la pièce est diffusée ce lundi 22 juin à quinze heures. Dans Relax. L’émission de Lionel Esparza. Édition spéciale Mozart à Paris. Marc Voinchet, directeur de France Musique, remercie du fond du cœur Gilles Pécout, président de la BNF.
Il rappelle même la phrase de Pierre Bouteiller. Ce vieux farceur génial qui ouvrait ses émissions par un goguenard “À part ça, quoi d’neuf. Mozart.” Et pour une fois. Il y en a du neuf. Du tout neuf. Du jamais joué. Une pièce de près de vingt minutes. Enregistrée à la Maison de la Radio et de la Musique. Par deux musiciens du Philharmonique de Radio France. Mathilde Caldérini. Première flûte solo. Nicolas Tulliez. Harpiste. Deux artistes qui jouent cette musique comme si Mozart leur soufflait dans le cou. La pièce sera jouée pour la première fois en public le 21 juin à dix‑sept heures. Dans la salle Ovale de la BNF Richelieu. Un décor à faire pâlir les anges. Des extraits ont été diffusés dès huit heures dans la matinale de France Musique. Pour réveiller les auditeurs avec un miracle sonore. Au micro de Jean‑Baptiste Urbain. Gilles Pécout. Sibyle Veil. Michel Orier. Tous racontent comment cette partition a ressurgi. Comment elle a été identifiée. Comment elle a été confiée aux musiciens. Et pendant que les experts parlent. La musique se remet à vivre. La harpe scintille comme une rivière sous la lune. La flûte voltige comme une libellule ivre de lumière. Les auditeurs sentent leur palpitant faire des claquettes. Leurs yeux se remplir comme un étang sous orage. Parce que cette musique n’avait pas résonné depuis deux siècles et demi. Deux cent quarante‑huit ans de silence. Deux cent quarante‑huit ans à dormir dans un coin de bibliothèque. Deux cent quarante‑huit ans à attendre qu’on la réveille. Et voilà qu’elle revient. Qu’elle respire. Qu’elle chante. Qu’elle traverse les siècles comme une bouteille à la mer. Les auditeurs deviennent les premiers humains depuis 1778 à entendre ce souffle. Ce miracle. Ce cadeau du temps. Et cette journée restera gravée dans les oreilles comme un rappel que la beauté ne meurt jamais. Qu’elle dort. Qu’elle attend. Qu’elle revient. Et que Mozart. Ce petit farceur. N’a pas fini de venir foutre le bazar dans les âmes. Et c’est tant mieux. Foutrement tant mieux.
