Loana, le cirque et les vautours (texte analyse)

Voilà le topo, mon pote : ce texte-là, je l’avais pondu quand Loana a cassé sa pipe, avec une analyse bien affûtée sur ce petit monde qui tourne de travers. Résultat : un buzz de tous les diables, plus de 500 000 paires d’yeux dessus. Maintenant il atterrit ici, et toi aussi, va savoir pourquoi… mais t’as bien fait de tomber dedans.

Tu veux que je te dise, mon bichon ? La nouvelle de la mort de Loana ne m’a pas retourné le palpitant comme celle d’Isabelle Mergault ou d'Hermann, des artistes disparu récemment qui m'ont inspirés dans mon existence. Pas par manque de cœur, non. Juste parce que je n’ai jamais trempé mes mirettes dans la grande soupe tiède de la télé-réalité depuis le premier bouillon, Loft Story. J’ai regardé le lancement, j’ai vu le machin, j’ai senti l’odeur… et j’ai reposé la cuillère. Instinct de survie. Parce que ce truc-là, dès le départ, je l’ai senti comme un système à broyer les gens. Une machine à fabriquer du spectacle avec de la vraie chair humaine, pas des acteurs, pas des personnages, mais des gamins qu’on jette dans l’arène pour faire grimper l’audimat comme on gave une oie avant les fêtes. Et depuis, la télé, mon pote, elle vit avec cette verrue sur le pif. Une verrue qui a muté, grossi, proliféré. Aujourd’hui, elle te sort des “émissions”, j’emploie le mot par politesse qui se regardent comme on regarde un accident sur l’autoroute : par voyeurisme, par curiosité malsaine, ou pour se dire « tiens, je suis pas si bête que ça finalement ». Le triomphe du ricanement. On a laissé entrer la bêtise en prime time, la déchéance scénarisée, la violence montée comme dans un clip de rap, les engueulades calibrées pour faire du clic. Et ça a donné quoi ? Les années C8, Hanouna en chef de gare du vacarme, Morandini en troubadour du sordide, les Anges, les Princes, les Machins, les Trucs… toute une ménagerie de programmes où l’on confond authenticité et humiliation, spontanéité et hystérie. Et le pire, c’est que ça a déteint sur tout le reste. Sur l’info, devenue fast-food de l’immédiateté. Sur le débat public, transformé en concours Lépine de la connerie spectaculaire. Sur la politique, où certains pensent qu’il suffit de gueuler plus fort que le voisin pour exister. La télé-médiocrité a essaimé partout, comme un champignon toxique dans la cave.

Et au milieu de tout ça, il y a Loana. La première. L’icône malgré elle. L’enfant sacrifiée d’un système qui l’a hissée au sommet pour mieux la laisser tomber sans filet. Elle n’a pas inventé la machine, elle en a été la vitrine… et la victime. Alors oui, je ne suivais pas sa vie, je ne regardais pas ses émissions, je n’étais pas de ceux qui commentaient ses déboires comme on commente la météo. Mais sa disparition me serre quand même un peu la glotte. Parce qu’elle raconte quelque chose de la société d'aujourd'hui. De ce qu’on a laissé faire. De ce qu’on a applaudi. De ce qu’on a consommé sans réfléchir. Une époque où l’audience valait plus que la décence. Une époque où la souffrance devenait un produit dérivé. Une époque où l’on a confondu divertissement et déshumanisation. Loana n’était pas un personnage. Elle était une personne. Et c’est pour ça que, malgré tout, je suis triste aujourd’hui. Pour ce monde où les personnalités broyées sont devenu des ... Personnes alitées. Une pensée à elle. (Au vu des horreurs que je lis dans les commentaires numériques, ce nouveau système malsain n'est pas prêts de s'éteindre, malheureusement. Les gens aiment trop ça pour se défouler avec leurs plus bas instincts... Hélas et les producteurs encore plus.)

Le Patfawloscope : Textes, BD et autres joyeusetés maison !

Par Peter Patfawl

À propos de l’auteur de Le Patfawloscope : Itinéraires bis d’un auteur en roue libre ! …

Dans une autre vie, il a joué les vice‑présidents chez SOS Autisme, à ferrailler pour le handicap comme un boxeur qui refuse de rendre les gants. Pendant dix ans, il a pondu des manuels illustrés sur l’autisme et la dyslexie, des bouquins sérieux mais pas tristes, qui se sont écoulés à plus de quinze mille exemplaires, sans compter ses recueils d’humour comme Humour de Malade, où il dessinait la vie comme on la raconte au comptoir. Aujourd’hui, c’est le chef d’orchestre de Foutoir, un fanzine bimestriel qui sent la BD, l’encre fraîche et les nuits trop courtes, et le papa d’une saga historique, Jean le dernier des soldats, qui cavale dans les librairies. Sur les réseaux, ils sont quatre‑vingt mille à suivre ses aventures, preuve qu’il doit bien faire quelque chose de pas trop mal.

Les derniers articles publiés