Dans la fonction publique, mon bichon, y a le salaire… et puis y a tout le barnum qui vient se coller autour comme des morpions sur une toison bien fournie. Prime de mobilité, indemnité de résidence, télétravail, contraintes particulières, performance : au fil des ans, l’État a empilé les primes comme un ogre qui collectionne les os sous son matelas. Résultat du casse-croûte : 543 primes et indemnités différentes pour graisser la patte de ses agents. Et ça pèse, ces petites douceurs. Aujourd’hui, les compléments représentent 25% de la paye, contre 20,4% dix ans plus tôt. Autrement dit : le salaire, c’est la viande, mais les primes, c’est la sauce, et la sauce a doublé de volume. En 2025, l’État a lâché 19 milliards d’euros de primes, soit 9 800 euros par agent en moyenne. En 2015, c’était plutôt 6 600 euros. Une inflation qui s’explique par le gel du point d’indice, ce machin qui détermine le salaire de base. Comme on ne touche pas au moteur, on rajoute des gadgets autour pour que ça fasse illusion. Certaines professions ont touché le jackpot. En dix piges, les primes ont grimpé de 110% dans l’Éducation nationale, 89% à la Justice, 80% à la Culture, 70% à l’Intérieur. De quoi faire tourner les têtes et les calculettes. Mais voilà : à force d’empiler, on a fabriqué un millefeuille administratif qui ferait passer un annuaire téléphonique pour un haïku.
Sur les 543 dispositifs, 185 concernent moins de 100 agents. Et 22 primes versent moins de 100 euros par an. Autant dire : des cacahuètes, mais avec la paperasse d’un éléphant. Certaines sont tellement antiques que 10% des primes reposent encore sur des textes d’avant 1970. On est presque dans l’archéologie administrative. Les inspections générales, qui ont dû avaler tout ça avec un verre d’eau, proposent de faire le ménage : fusionner, supprimer, simplifier. Et pourquoi pas une règle simple : une prime créée = une prime enterrée. Ça éviterait que le millefeuille devienne un gratte-ciel. Certaines douceurs sont dans le viseur. L’indemnité de résidence à l’étranger, par exemple : 486 millions d’euros pour 6 299 bénéficiaires, soit 77 000 euros par tête, exonérés d’impôt. Les inspections trouvent que certains montants sentent plus la prime de luxe que le surcoût réel. Le forfait télétravail aussi : créé pendant la pandémie pour compenser l’électricité et le chauffage, il coûte 30 millions par an. Mais quand le télétravail est choisi par l’agent, pas imposé, les inspections se demandent si c’est encore justifié. Même topo pour le forfait mobilités durables, censé encourager le vélo, mais dont l’efficacité reste aussi floue qu’un pare-brise un soir de crachin. Simplifier, ça paraît évident. Faire des économies, beaucoup moins. Parce que supprimer une prime, c’est créer des perdants, et les perdants, ça grogne. Donc il faut compenser, recoudre, bricoler. Au fond, l’État se retrouve avec un problème typiquement administratif : il a 543 primes pour simplifier la rémunération de ses agents… et doit maintenant inventer une stratégie pour simplifier les primes censées simplifier la rémunération. Le serpent qui se mord la queue, mais avec un dossier de 300 pages. Avec la dette qui fait des claquettes et les milliards d’économies à dénicher, l’État fouille désormais ses tiroirs comme un gamin qui cherche des pièces jaunes pour s’acheter un Carambar. Reste à voir si le grand ménage des 543 primes permettra vraiment d’économiser… ou s’il faudra créer une prime spéciale pour ceux chargés de les supprimer.
